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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. 237

tibles d’un même sens, et qu’on appelle synonymes. On peutdonner ce nom , ou à des mots qui ont absolument et rigoureu-sement le même sens, et qui peuvent en toute occasion etresubstitues indifféremment l’un à l’autre ; ou à des mots quiprésentent la même idée avec de légères variétés qui la modifient,de manière qu’il ne soit permis d’employer l’un k la place del’autre, que dans des occasions ou l’on n’aura pas besoin defaire sentir ces variétés. Ce serait peut-être un défaut dans unelangue que d’avoir des synonymes de la première espèce ; maisc’en serait un beaucoup plus grand que de manquer de syno-nymes du second genre. Une telle langue serait nécessairementpauvre èt sans aucune finesse. En effet, ce qui constitue deuxou plusieurs mots synonymes, c’est d’abord un sens général quiest commun à ces mots ; et ce qui fait ensuite que ces mots nesont pas toujours synonymes , ce sont des nuances souvent déli-cates et quelquefois presque imperceptibles , qui modifient cesens primitif et général ; ainsi toutes les fois que par la naturedu sujet qu’on traite , on n’a point à exprimer ces nuances , etqu’on n’a besoin que du sens général , chacun des synonymespeut être indifféremment mis en usage; par conséquent s il y aune langue dans laquelle on ne puisse jamais employer indiffé-remment deux mots l’un pour l’autre, il faut en conclure quele sens de ces mots diffère non par des nuances fines, mais pardes différences très-marquées et très-grossières ; les mots de lalangue n’exprimeront donc plus ces nuances, et dès lors lalangue sera pauvre et sans finesse.

Après avoir détaillé dans la grammaire philosophique ce quiregarde les mots , on passera à la proposition , qui n’est autrechose qu’un jugement énoncé. On en considérera les différentesparties et les différentes espèces , et l’on pourra donner en con-séquence les principes généraux de la construction ; c’est-à-dire,les règles pour s’énoncer clairement dans quelque langue que cepuisse être. On examinera à cette occasion la question si souventagitée , et qui peut-être est encore à résoudre , s’il y a danscertaines langues une inversion proprement dite , et eu quoicette inversiou consiste. Il 11e peut y avoir d’inversion propre-ment dite, que dans le cas où l’ordre des mots d’une propositiondiffère de l’ordre des idées que ces mots expriment. La questionde l’inversion consiste donc à savoir suivant quel ordre les idéesrenfermées dans une proposition se présentent à l’esprit de celuiqui l’énonce. Or s’il est très-difficile, pour ne rien dire de plus,de fixer et de déterminer cet ordre, à cause de la rapidité aveclaquelle nos idées se succèdent ; s’il est même plus que vraisem-blable , comme ou l’a déjà remarqué, que notre esprit a souvent