Band 
Tome premier.
Seite
236
JPEG-Download
 

a36 ÈLÉMENS

et de la métaphysique , et qui appartient essentiellement à l’uneet à l’autre, c’est la grammaire ou l’art de parler. D’un côté laformation des langues est le fruit des réflexions que les hommesont faites sur la génération de leurs idées ; et de l’autre le choixdes mots par lesquels nous exprimons nos pensées , a beaucoupd’influence sur la -vérité ou sur la fausseté des jugemens quenous portons , ou que nous faisons porter aux autres. Ainsi c’estprincipalement par rapport à l’art de raisonner, et à celui d’ana-lyser nos idées, que le philosophe traite de la grammaire. Parconséquent il doit se borner aux principes généraux de la for-mation des langues ; principes dont les règles de chaque langueparticulière sont des applications faciles , ou des exceptions bi-zarres qui n’ont d’autre raison que le caprice*des instituteurs.Le grammairien philosophe traitera donc des différentes espècesde mots ; de ceux qui expriment des individus ; de ceux qui nedésignent que des êtres abstraits; de ceux qui marquent lesdifférentes manières d’être , les différentes vues sous lesquellesl’esprit peut envisager un objet ; de ceux qui expriment des idéessimples , et qui par conséquent n’étant point susceptibles dedéfinition , peuvent être regardés comme les racines philoso-phiques des langues , c’est-à-dire comme les termes primitifs etfondamentaux qui servent à expliquer tous les autres ; de la ma-nière de reconnaître ces mots, et ceux qui renferment des idéescomposées; du sens propre des mots et de leur sens figuré oumétaphorique; de la nécessité de bien distinguer ces différenssens , pour éviter les erreurs où l’on s’expose quand on les con-fond ; enfin de la manière dont on peut apprendre les languesdans lesquelles on connaît un certain nombre de mots , en seservant de la signification connue de ces mots pour découvrircelle des autres. Car il n’est point de langue que nous ne pris-sions apprendre comme nous avons appris notre langue mater-nelle , dans laquelle il a fallu que nous trouvassions de nous-mêmes , sans le secours des maîtres ni des livres, le sens d’untrès-grand nombre de mots , et en général de tous ceux quin’expriment point des individus réels et physiques. C’est par descombinaisons plus ou moins réitérées, et quelquefois très-mul-tipliées et très-fines, que nous sommes parvenus à connaître lasignification de ces termes. Aussi le plus grand effort d’espritest-il peut-etre celui que nous faisons en apprenant à parler.L’homme le plus stupide en apparence y parvient néanmoins,et nous montre de quel degré de patience et de sagacité le besoinnous rend capables. {Voyez Éclaircissement, § IX , p. 238. )Outre les différens sens dont un même mot est susceptible ,le grammairien philosophe traite aussi des différens mots suscep-