DE PHILOSOPHIE. 241
de toucher, puisqu’il s’opère par l’application immédiate del’objet de la sensation sur l’organe de la sensation ; c’est pour-quoi le mot goûter, en tant qu’il exprime une sensation, a dûêtre borné à son sens propre, à la sensation du goût; si on di-sait goûter une résistance, on transporterait mal à propos àl’effet du toucher en général, ce qui est l’effet particulier d’uneespèce de toucher exercé sur une certaine partie de notre corps :et pour s’assurer que c’est en effet par cette raison qu’on nedit pas goûter une résistance , comme sentir une résistance, onn’a qu’à considérer que le mot sentir, qui s’applique au toucheren général, s’applique aussi à l’organe du goût, considéré toutà la fois et comme une espèce de toucher, et comme un sensqui examine et tâtonne aussi son objet; car on dit très-biensentir quelque chose sur la langue ; une saveur qui se fait biensentir, et ainsi du reste.
C’est vraisemblablement par une raison analogue à celle quivient d’être rapportée, qu’on dit également bien une lumièreéclatante, un son éclatant, et non une odeur, une saveur, unerésistance éclatante-, tandis qu’on dit également bien une lumièreforte, un bruit fort, une odeur forte, une saveur forte, une ré-sistance forte: le mot éclatant, destiné dans son sens propre àmarquer l’impression subite et vive qu’une grande lumière faitsur nos yeux, s’est appliqué par extension à l’impression vive etsubite que fait sur nos oreilles un grand bruit; cette impressiondans les autres sens est moins subite et moins brusque , et pres-que toujours accompagnée d’une sorte de tâtonnement et d’exa-men; au contraire l’idée de fotce n’emporte point celled’une im-pression subite, mais seulement d’une impression considérable;et voilà pourquoi elle s’applique également à tous les sens, parceque tous sont également susceptibles de ce genre d’impression.
Voilà un faible essai de la manière dont 011 pourrait procéderdans le dictionnaire que nous proposons, pour trouver les raisonsdu sens attaché par extension à certains mots préférablemeut àd’autres.
Dans le dictionnaire dont il s’agit, .on examinerait encore laraison de l’emploi d’un même mot pour exprimer des idées abso-lument différentes, non-seulement dans les objets intellectuelscomparés aux objets sensibles, mais même dans les objets sen-sibles comparés entre eux. Supposons qu’on se propose d’exa-miner l’analogie de ces phrases, l'éclat de la lumière, les éclatsd’une bombe., dubois qui a éclaté. Sans être physicien ni philo-sophe, on regarde au moins confusément Y éclat de la lumièrecomme produit par une espèce d’élancement rapide émané ducorps lumineux, ou occasions par la présence de ce corps : on1. 16