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Tome premier.
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24a ÉLÉMENS

a dit de même les éclats d’une bombe, pour signifier les partiesde la bombe qui s’élancent rapidement en se détachant d’elle >d’ailleurs au moment que la bombe se fend de la sorte , cettescission de ses parties est accompagnée d’un bruit, du genre deceux qu’on a nommé éclatans; nouvelle raison pour dire que labombe éclate, et pour appeler éclats les parties qui s’en échap-pent. De là et par extension on dit qu’un corps quelconqueéclate lorsqu’il se fend et se crève avec bruit; et par une exten-sion encore plus grande, on dit que du bois, une pierre a éclaté ,lorsqu’on y remarque des fentes, quoique ces fentes aient pu sefaire sans bruit, parce que ce bruit ayant lieu souvent dans lescorps qui se fendent, et en particulier dans le bois et les pierres,on suppose qu’il a pu avoir lieu dans chaque cas particulier.

Au reste , dans cette analyse des différens sens des mots , onpourrait encore remarquer les bizarreries de l’usage ; on dit, parexemple, éclater de rire, d es éclats de rire , par allusion tout àla fois au bruit éclatant que l’on fait en riant avec force , et auxélancemens d’une bombe qui éclate; mais on ne dit point unrire éclatant, quoiqu’il semble que par les mêmes raisons l’usageaurait pu autoriser cette expression.

Telle est la méthode qu’il faudrait suivre pour développer lesdifférens sens par extension qu’on a donnés à un même mot. Al’égard du sens figuré, il faudrait remarquer d’abord les expres-sions qui ne sont en usage que dans ce seul sens, quoiqu’origi-nairement elles aient rapport à l’expression d’une chose sensible,par exemple le mot de bassesse et beaucoup d’autres : il faudraitdévelopper outre cela ( ce qui est encore plus digue d’examen )comment certaines expressions dont le sens propre et primitif estpurement intellectuel, ont été transportées à des objets sen-sibles : cette opération est contraire à celle qui se fait presquetoujours dans les langues; car pour l’ordinaire on y transporteles mots, de l’usage matériel et sensible, à l’usage intellectuel.Il ne paraît pas douteux que le sens propre et primitif du motjuste ne soit cette notion intellectuelle , rendre à chacun ce quilui appartient ; or l’idée d’exactitude rigoureuse que cette notionsuppose, a été appliquée à des objets matériels et à d’autres ob-jets intellectuels purement spéculatifs; frapper juste au but, uncoup d’œil juste, une montre juste, une balance juste, un calculjuste, un habit juste, un esprit juste. Pour prouver que c’estl’idée d’exactitude qui a occasioné l’emploi du mot juste danstoutes ces phrases, remarquons que dans toutes on peut substi-tuer au mot juste le mot exact ; frapper exactement au but, uncoup d’œil exact, etc. Il en faut pourtant excepter habit juste,auquel on ne peut pas substituer habit exact ; c’est que le mot