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Tome premier.
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2^4 ÉLÉMENS

mots, s’élever avec rapidité; nous n’avons plus qu’à la transpor-ter du son, qui est l’objet matériel dont la musique se sert, aufeu, qui est l’objet qu’elle se propose de peindre. 11 faut seule-ment que l’auditeur soit averti, ou par des paroles, ou par lespectacle, ou par quelque chose d’équivalent, qu’il doit substi-tuer l’idée de feu à celle de son. De même si je voulais peindrele lever du soleil, pourquoi ne le pourrais-je pas par une mu-sique dont le son aurait un progrès assez lent, mais irait tout àla fois en s’élevant et en augmentant d’éclat, précisément commele soleil quand il se lève ? Cette musique ne pourrait pas sansdoute donner l’idée de la lumière et du lever du soleil à unaveugle; mais ne suffirait-elle pas pour réveiller cette idée dansceux qui l’ont ? En un mot, toutes les fois que la musique entre-prendra de peindre ou plutôt de nous rappeler l’idée d'un ob-jet sensible qui n’est pas un bruit physique, il faut, ce mesemble, pour qu’elle y réussisse le moins imparfaitement qu’ilest possible, qu’en substituant au son qu’elle nous fait entendre ,l’objet qu’elle veat peindre, on puisse former deux phrases quisoient l’une et l’autre également admises dans la langue; et peut-être pourrait-on tirer de là des conclusions curieuses pour l’in-fluence qne la langue peut avoir sur la musique, non pas seu-lement quant à la musique chantante, ce qui est évident, maismême quant à la musique purement instrumentale. J’imagineque la peinture musicale du lever du soleil, telle que nous venonsde la proposer, paraîtrait plus imparfaite et presque nulle à unpeuple dont la langue n’admettrait point ces façons de parler,une musique brillante, un son éclatant, F accord, l’harmoniedes couleurs, des sons qui s’élèvent rapidement du grave à l’aigu;et ainsi du reste.

Je dirai plus; les mêmes raisons qui font qu’une certaine ex-pression est commune au sens de la vue et de l’ouïe, sans l’êtreaux autres sens, peuvent servir à expliquer pourquoi la musiqueest moins propre à peindre ce qui appartient à ces autres sens.Le sens de la vue et Celui de l’ouïe ont plus d’expressions com-munes entre eux qu’ils n’en ont avec les sens de l’odorat, du tou-cher et du goût; tels sont les mots, brillant, éclatant, accord,harmonie , que nous venons de citer, et plusieurs autres. Voilàpourquoi la musique ne peut ni peindre, ni même nous rappelerles odeurs, les saveurs, et le toucher.

Je soumets au jugement des philosophes cette idée sur l’ana-logie de la musique avec la langue; idée que je crois nouvelle,et. que peut-être ils ne trouveront que bizarre , creuse et hasar-dée. Cependant ceux qui nieraient ce que je viens de dire sur l’ex-pression imparfaite que la musique peut donner de certains ob-