DE PHILOSOPHIE. 2.(5
jets physiques différens du son, me permettront-ils de leur faireune question ? Je suppose qu’à l’Opéra on voie au fond duthéâtre le soleil qui se lève et qui monte sur l’horizon en aug-mentant de lumière, et qu’en même temps l’orchestre exécuteune symphonie sourde et sombre; le spectateur ne dira-t-il pasque la musique est en contradiction avec ce qu’il voit ? N’enest-ce pas assez pour prouver qu’une musique opposée, une mu-sique que nous appellerions brillante et harmonieuse, aurait eneffet plus d’analogie, quant au sentiment qu’elle excite en nous,avec le spectacle que nos yeux considèrent en ce moment ?
Il est hors de doute d’ailleurs que la musique fait naître ennous des séntimens de joie, de douleur, de tendresse, etc. , parceque l’expérience nous ayant prouvé qu’il y a des sons physiquesou des successions de sons capables de produire ces sentimensdans notre âme, la musique n’a rien autre chose à faire pour lesexciter en nous que d’employer ces mêmes sons : or ne peut-ellepas parvenir de même à réveiller en nous la mémoire d’un objetphysique différent du bruit, en réveillant en nous par le moyendes sons et par la dénomination que ces sons oijt dans la langue ,un sentiment semblable , ou du moins le plus approchant qu’ilest possible de celui que cet objet y excite?
J’ajouterai au reste que celte propriété , que nous remarquonsou au moins que nous supposons dans la musique, de nous rap-peler l’idée de certains objets, n’est pas réciproque entre cesobjets et la musique. Une succession de couleurs, par exemple,ne pourrait représenter ni rappeler une succession de sons,comme une certaine succession de sons peut nous retracer l’idéeou le souvenir de la lumière; parce que la succession des cou-leurs présentées rapidement à nos yeux ou même présentées len-tement, ne saurait, en tant que succession, nous procurer aucunplaisir ; au lieu que la succession des sons, en tant même quesimple succession, nous en procure; or la première conditionest que nous recevions du plaisir par la sensation directe, avantque de chercher dans cette sensation la source d’un autre plaisirqu’elle ne jjeut nous procurer par elle-même , mais dont elle nousrappelle l’idée ou du moins le souvenir.
Terminons Ici celte digression, qui n’a sans doute été que troplongue, et revenons à notre dictionnaire philosophique, où lesdifférens sens d’un même mot seraient indiqués par les nuancesconsécutives qui tout à la fois les distinguent et les rapprochent.Je ne doute point que la plus grande partie des mots de lalangue ne s’accommodât facilement au point de vue si lumineuxet si utile sous lequel nous proposons ici de les envisager; j’en-trevois seulement qu’il y aurait un petit nombre de mots qui