Band 
Tome premier.
Seite
250
JPEG-Download
 

a5o ÉLÈMENS

Etre, Dieu, bonté,

Etre , bonté, Dieu,

dans lesquels on montrerait la liaison des deux idées , avant qued’avoir montré aucune des deux ; ce qui serait absolument con-traire à l’ordre naturel.

Mais examinons d’une manière plus précise si l’idée de Dieudoit être placée avant ou après celle de bonté, et pour cela re-prenons le parallèle que nous avons fait de cette opération aveccelle par laquelle on rapproche l’une de l’autre deux portionsd’étendue qu’on veut comparer. Ce parallèle servira à répandreun grand jour sur la question dont il s’agit.

Si les deux portions d’étendue sont absolument égales , il estévident qu’il est absolument indifférent pour la commodité de lacomparaison, de les disposer l’une par rapport à l’autre de lamanière qu’on voudra. Mais si on veut comparer deux portionsd’étendue inégales , un pied d’étendue à une toise , on appli-quera le pied sur la toise et non la toise sur le pied, et en gé-néral le contenu sur le contenant, et non le contenant sur lecontenu , pour juger plus aisément de leur rapport. Si donc onveut comparer entre elles deux idées qui ont absolument lemême degré d’étendue, qui se renferment et se rappellent né-cessairement l’une l’autre, comme celle de toute-puissance etcelle de Dieu, alors leur disposition quant à l’ordre de l’énoncia-tion est indifférente, puisque l’idée de toute-puissance rappellenécessairement celle de Dieu, comme l’idée de Dieu celle detoute-puissance. Ainsi , dans ce cas , aucun des quatre arran-gemens suivans ne renferme d’inversion ,

Dieu , toute-puissance , être,

Dieu, être, toute-puissance ;

Toute-puissance, Dieu, être,

'Toute-puissance , être , Dieu.

Il n’en est pas tout-à-fait de même quand des deux idées qu’çncompare , il y en a une qui renferme et suppose l’autre , sansqu’elle soit de même renfermée et supposée dans celle-là ; commel’idée de Dieu et celle de bonté. La première renferme et rap-pelle la seconde, parce qu’on ne peut concevoir Dieu sans leconcevoir bon; la seconde ne renferme et ne suppose pas la pre-mière , parce qu’on peut concevoir un être bon , sans penser àDieu. Dans ce cas il semble plus naturel de présenter d’abordcelle des deux idées qui renferme et qui suppose l’autre ; ce quien rendra la comparaison plus facile; car ayant d’abord pré-senté l’idée de Dieu, on a présenté déjà , au moins implicite-ment, l’idée de bonté, et par conséquent il ne faut presque plus