25a ÉLÉMENS
l’adjectif tout-puissant, qui esta la fois au masculin et au singu-lier , j’ai déjà dans l’esprit un substantif masculin et singulier,auquel cet adjectif se rapporte ; ce substantif est Dieu, et doitpar conséquent précéder le mot tout-puissant. Ainsi ces motsDieu et tout-puissant , dont la disposition serait indifférente dansl’énonciation, si on s’en tenait à la simple considération méta-physique des idées qu’ils renferment, ne sont plus dans le mêmecas quand on a égard à leur nature grammaticale, et aux règlesde construction qui rendent le second dépendant du premier.
De même si je veux exprimer qu 'Alexandre a vaincu Darius,il est nécessaire que je range les termes de cette propositiondans l’ordre où ils sont ici. Darius doit être placé après vaincu,pour montrer qu’il est le régime et non le nominatif du verbe ;si je transposais les termes et que je m’exprimasse ainsi, Dariusa vaincu Alexandre, je ferais entendre le contraire de ce queje veux dire. La langue française n’ayant point de cas ni mêmede manière différente d’exprimer ce que les Latins et les Grecsappellent le nominatif et l’accusatif, il est nécessaire, pour laclarté du discours , que le rapport des mots soit déterminé parl’ordre qu’ils observent, sans quoi il pourrait y avoir équivoqueet même contre-sens.
Je d is plus : lors même qu’on peut transposer l’ordre des motssans produire aucune équivoque , cela n’empêche pas que l’ordrenaturel de ces mots ne soit fixé par la construction grammati-cale. Si je dis, Darius fut vaincu par Alexandre ; ou pat-Alexandre fut vaincu Darius , je me ferai également entendre ;cependant la première de ces deux phrases est la seule conformeà l’ordre naturel : carie verbe fut vaincu est amené par le no-minatif Darius auquel il se rapporte; et les mots par Alexandresont amenés par fut vaincu ; or l’ordre naturel demande que lesmots qui sont amenés soient à la suite de ceux qui les amènent.
C’est par cette raison que de ces deux phrases latines, Alexan-der vicit Darium, Darium vicit Alexander, la première est laseule conforme à l’ordre naturel ; parce que le verbe vicit supposele nominatif Alexander dont il dépend, et que l’accusatif Da-rium suppose le verbe vicit par lequel il est régi. Il est vrai qu’onpeut intervertir l’ordre de ces mots sans causer aucune équivoque,parce que la terminaison des mots Darium et Alexander, in-dique que l’un est le nominatif, l’autre le régime du verbe; cequi ne peut etre indiqué dans la langue française que par le seularrangement de ces mots , l’un avant, l’autre après le verbe :mais il n’en est pas moins vrai que dans l’une et l’autre langue laplace naturelle du nominatif est avant le verbe , et que celle durégime est après le verbe. Pour le faire sentir d’une manière