DE PHILOSOPHIE. a53
palpable , je suppose que je commence la phrase pai -fut vaincu;il est évident que j’avais dans l’esprit, en commençant cettephrase , l’idée de Darius, ou de tel autre prince qui aurait étédans le même cas , au lieu que si j’ai l’idée de Darius ou de telautre prince , cette idée n’emporte par elle-même ni celle devaincu, ni aucune autre. Or les idées qui par elles -mêmes etpar la nature des mots qui les expriment n’en supposent pointnécessairement d’autre , doivent être placées les premières dansl’ordre de l’énonciation. Par la même raison, on doit placerles mots par Alexandre après les mots fut vaincu , parceque les mots par Alexandre, quand on les prononce, suppo-/ sent nécessairement le verbe fut vaincu ou tel autre dont ilsdépendent; au contraire les mots fut vaincu ne supposent pointnécessairement les mots par Alexandre ; car on pourrait direDarius fut vaincu , sans y rien ajouter, et sans que la phrasefût incomplète ; au lieu que si on mettait à la tête de la phraseles mots fut vaincu , ou ceux-ci, par Alexandre , il est visiblequ’elle serait incomplète , et ferait nécessairement attendre quel-qu’autre chose.
Telle est, ce me semble, la raison métaphysique pour laquellela construction et la syntaxe des langues étant supposée , lenominatif doit être placé avant le verbe , et le verbe avant sonrégime. Les mots doivent être placés dans un tel ordre , qu’enfinissant la phrase où l’on voudra, elle présente, autant qu’il estpossible , un sens ou du moins une idée complète qui n’en sup-pose point nécessairement d’autre ; en sorte que les mots, à me-sure qu’on les prononce, soient des modificatifs des mots quiles précèdent, et par conséquent supposent l’idée que les motsprécédens expriment, sans que ces mots pre'cédens supposentnécessairement l’idée que les modificatifs y ajoutent. Voilàl’ordre naturel que les mots d’une phrase doivent observer entreeux. Toute construction qui s’éloignera de cet ordre est uneinversion , au moins quant à la construction grammaticale.
La disposition mutuelle de ces mots, Alexandre vainquitDarius , Alexander vieil Darium , est donc déterminée par lerapport grammatical, et la dépendance de construction que cesmots ont avec ceux qui les précèdent ; cet ordre n’est point dé-terminé par la nature des idées Alexandre, victoire, Darius;en effet on dira également bien , Alex*andre vainquit Darius ,et Darius fut vaincu par Alexandre ; dans chacune de cesphrases les mots sont placés dans l’ordre naturel de la construc-tion , quoique dans la première, l’idée d ’Alexandre soit pré-sentée d’abord , et que dans la seconde ce soit l’idée de Darius.
Lorsque l’ordre des mots n’est pas nécessité par leur rapport