DE PHILOSOPHIE. a55
sionnément soit placé immédiatement après le verbe, ou après lerégime ; dans le premier cas, passionnément est modificatif duverbe , dans le second il est modificatif de l’action totale repré-sentée par le verbe et son régime.
On peut, ce me semble , déterminer par les principes quenous avons établis jusqu’à présent, les cas ou il y a inversiondans une phrase proposée en quelque langue que ce puisse être,et les cas ou il n’y en a point. Examinons à présent une autrequestion , si l’arrangement qu’exige l’ordre grammatical n’est,pas quelquefois contraire à l’ordre naturel que les idées devraientavoir, c’est-à-dire , pour nous exprimer avec précision, à l’ordrenaturel dans lequel on doit les présenter aux autres ; car nousavons déjà remarqué que c’est sur cet ordre seul que doit serégler l’énonciation, et non sur l’ordre que les idées ont dansl’esprit.
Un exemple servira à faire mieux entendre la question dontil s’agit. Je veux dire à quelqu’un de fuir un serpent qui vient àlui ; l’ordre grammatical demande que je lui dise en français,fuyez le serpent ; et en latin , fige serpentent , le verbe devantêtre placé avant son régime. « Mais, dit-on, si je n’avais que» des gestes ou des signes pour me faire entendre, je commen-» cerais par montrer l’objet qu’il faut fuir , et faire ensuite le» signe de la fuite ; il en serait de même si je n’avais qu’une» langue fournie de mots, et dépourvue de syntaxe; l’ordre» naturel des mots, est donc le serpent fuyez , ou serpentent« fige; par conséquent, l’ordre grammatical est ici contraire à» l’ordre naturel; ainsi il y a réellement inversion dansl’arran->> gement qui se conforme à'ia construction grammaticale, et» il n’y en a point dans l’arrangement qui y est contraire. »Examinons ce raisonnement dans toutes ses parties.
Si dans les jugemens que nous voulons faire porter aux autres,il y avait en elfetdes idées qui dussent par leur nature ou parlacirconstance être présentées les premières , et qui en mêmetemps parla nature grammaticale des mots qui les expriment nepussent être présentées qu’à la suite des autres, il est évidentqu’alors l’ordre qu’exige la construction grammaticale , serait encontradiction avec l’ordre qu’exigerait l’énonciation ; en ce cas ,pour ne pas tomber dans une dispute de mots , il faudrait dis-tinguer deux sortes d’inversion , une dans les idées , et l’autredans les termes qui les expriment, et remarquer le cas où , enévitant une de ces inversions, on tomberait nécessairementdans l’autre.
Mais en premier lieu , il paraît très-difficile d’assigner d’unejnanière évidente les idées qui doivent par leur nature ou par la
i