DE PHILOSOPHIE. 2 5 7
manière de s’énoncer serait défectueuse, l’une quanta l’ordregrammatical des mots, l’autre quant à l’ordre des idées; quela seule énonciation parfaite serait celle où ces deux différonsordres seraient parfaitement d’accord entre eux ; et qu’il faudraitchoisir dans chacune des deux langues une manière de s’expri-mer qui conciliât l’arrangement grammatical avec l’ordre desidées.
S’il n’était pas possible de trouver une telle maniera de s’ex- 'primer, il faudrait regarder cet inconvénient comme un défautde la langue dans laquelle on parlerait.
Enfin s’il n’était possible d’exprimer les idées d’une manièreconforme à leur ordre naturel , qu’en nuisant à la vivacité, àl’harmonie , ou à quelqu’autre qualité oratoire du discours, ceserait encore un défaut de la langue , moindre à la vérité quedans le cas où il serait impossible de concilier les deux arrange-mens, mais toujours un défaut. Il ne resterait plus qu’à choisirentre l’un de ces deux incouvéniens inévitables , de sacrifier lesqualités oratoires du discours à l’ordre naturel des idées, ou cetordre aux qualités oratoires du discours. Lp premier sacrificeappartient plus au philosophe, le second à l’orateur et au poète.
Voilà, ce me semble, ce qu’on peut dire de plus précis surcette matière si igitée dans l’inversion , pour distinguer et dé-cider les différentes questions qu’elle renferme, soit p^.r rapportà l’ordre des idées, soit par rapport à celui des mots. J’ai toujoursremarqué que les difficultés de la plupart des questions sur les-quelles les philosophes se partagent, viennent de ce que cesquestions en contiennent implicitement plusieurs autres dontchacune demande une solution particulière : ce n’est qu’eu par-tageant la question proposée dans toutes les questions qu’ellerenferme , qu’on peut parveuir à la résoudre d’une manièreprécise.
Ce que nous venons de dire par rapport à l’inversion, nousconduira à quelques réflexions sur ce qu’on appelle le génie de?langues , et sur les avantages ou désavantages réciproques quipeuvent en résulter par rapport aux langues comparées entreelles.
Qu’est-ce que le génie d’une langue ? C’est le résultat des loisauxquelles celte langue est assujétie , eu égard à la nature desmots qu’elle peut employer , aux modifications dont ces motssont susceptibles, et enfin aux règles de construction qu’elle s’estprescrites. Des exemples éclairciront cette définition.
Voyons premièrement en quoi peut consister la différence deslangues quanta la nature des mots. La langue française, parexemple , n’a que le pronom son, sa , ses, pour exprimer cei. 17