DE PHILOSOPHIE. a 9 5
«u auxquels il est nécessaire de remonter pour mettre au creusetles vérités qu’on croit découvrir.
Cependant comme le mot métaphysique ne doit s’appliquerproprement, et suivant son sens véritable, qu’aux objets imma-tériels , on ne donne point proprement de partie métaphysiqueaux sciences qui ont des objets palpables et sensibles : c’est parcette raison que la médecine , la pharmacie , la botanique , lachimie n’ont point de métaphysique , par la même raison, laphysique particulière , qui entre dans le détail des propriétésdes corps matériels , n’en a pas non plus ; mais la physique gé-nérale en a une, parce que cette physique a pour objet deschoses abstraites, comme l’espace en général, le mouvement etle temps en général , les propriétés générales de la matière. Lagrammaire a de même sa métaphysique, en tant qu’elle analyseles idées dont les mots ne sont que les expressions ; la musiquea la sienne, en tant qu’elle remonte aux sources du plaisir quel’harmonie et la mélodie nous causent. Enfin la géométrie , quis’occupe , comme la physique générale , des propriétés de l’éten-due abstraite, mais de l’étendue en tant que figurée, au lieuque la physique générale la considère en tant que divisible etmobile , la géométrie , dis-je , a aussi sa métaphysique commela physique générale ; c’est de cette dernière métaphysique qu’ilest ici principalement question.
En toutes choses, dit la morale pratique , il faut considérerla fin; en toutes choses, dit la saine métaphysique spéculative ,il faut considérer le principe. Or quel est le principe de la géo-métrie ? La nature de l’étendue , non pas peut-être telle qu’elleest, mais telle que nous la concevons, c’est-à-dire comme com-posée de parties semblables entre elles, et comme étant suscep-tible de trois dimensions , que nous pouvons considérer , outoutes ensemble , ou deux à deux, ou chacune séparément.
Le premier usage de la métaphysique en géométrie , est dedonner d’après cette notion des idées claires du solide , de lasurface , de la ligne ; Y abus serait de disserter sur la nature del’étendue, sur l’existence du point mathématique, qui n’estqu’une abstraction de l’esprit, sur la nature de la ligne droitequ’il nous est si difficile de bien définir , quoique nous laconnaissions assez par sa propriété principale pour en déduireévidemment toutes les autres. Voyez à ce sujet nos réflexionsprécédentes sur les E’émens de géométrie , § XII.
L’usage et Yabus de la métaphysique en géométrie peuventaussi se faire sentir tout à la fois dans la manière de traiter cer-taines questions qui ont partagé les géomètres , par exemple,dans celle de l’angle de contingence, dont nous avons parlé plus