3is ÉLÉMENS
clans le mouvement d’un corps isolé , soit dans celui de plusieurscorps qui agissent les uns sur les autres, il en est un qui, danschaque cas, doit infailliblement avoir lieu , en conséquence del’existence seule de la matière , et abstraction faite de tout autreprincipe différent, qui pourrait modifier cet effet ou l’altérer.Voici donc la route qu’un philosophe doit suivre pour résoudre laquestion dont il s’agit. Il doit tâcher d’abord de découvrir par leraisonnement quelles seraient les lois de la statique et de la mé-canique dans la matière abandonnée à elle-même ; il doit exa-miner ensuite par l’expérience quelles sont ces lois dans l’univers ;si les unes et les autres sont différentes , il en conclura que leslois de la statique et de la mécanique, telles que l’expérience lesdonne, sont de vérité contingente, puisqu’elles seront la suited’une volonté particulière et expresse de l’Etre suprême ; si aucontraire les lois données par l’expérience s’accordent avec cellesque le raisonnement seul a fait trouver, il en conclura que leslois observées sont de vérité nécessaire ; non pas en ce sens quele Créateur n’eût pu établir des lois toutes différentes, mais ence sens qu’il n’a pas jugé à propos d’en établir d’autres que cellesqui résultaient de l’existence même de la matière.
Or il est démontré qu’un corps abandonné à lui-même , doitpersister éternellement dans son état de repos ou de mouvementuniforme; il est démontré de même que, s’il tend à se mouvoirà la fois suivant les deux côtés d’un parallélogramme quelconque,la diagonale est la direction qu’il doit prendre de lui-même, etpour ainsi dire, choisir entre toutes les autres. Il est démontréenfin que toutes les lois de la communication du mouvemententre les corps se réduisent aux lois de l’équilibre, et que les loisde l’équilibre se réduisent elles-mêmes à celles de l’équilibre dedeux corps égaux , animés en sens contraires de vitesses virtuelleségales. Dans ce dernier cas, les mouvemen6 des deux corps sedétruiront évidemment l’un l’autre ; et par une conséquence géo-métrique, il y aura encore nécessairement équilibre, lorsque lesmasses seront en raison inverse des vitesses ; il ne reste plus qu’àsavoir si le cas de l’équilibre est unique, c’est-à-dire, si quand lesmasses ne seront pas en raison inverse des vitesses , un des corpsdevra nécessairement obliger l’autre à se mouvoir. Or il est aiséde sentir que dès qu’il y a un cas possible et nécessaire d’équi-libre, il ne saurait y en avoir d’autres : sans cela les lois duchoc des corps, qui se réduisent nécessairement à celles de l’é-quilibre, deviendraient indéterminées; ce qui ne saurait être,puisqu’un corps venant en choquer un autre , il doit nécessai-rement en résulter un effet unique , suite indispensable de l’exis-tence et de l’impénétrabilité de ces corps. On peut d’ailleurs dé-