33» ÉLÉMENS
Quiconque réfléchira sur la manière dont on démontre enoptique ces différentes propriétés de la lumière , ne sera passurpris que l’illustre aveugle Saunderson ait donné des leçonspubliques de cette science , sans avoir aucune idée de la manièredont (es rayons de lumière produisent la vision. Il lui suffisaitde regarder ces rayons comme des faisceaux de lignes droites ,qui en agissant sur les yeux produisaient à peu près l’effet dutoucher ; avec cette différence que le toucher s’exerce par lecontact immédiat, et la vue par l’action d’une matière placéeentre l’oeil et le corps lumineux ; à peu près comme un aveuglereconnaît au moyen de son bâton le 4 corps éloignés dé lui.Ces suppositions faites , les propositions d’optique étaient pourSaunderson des théorèmes de géométrie pure , qu’il démon-trait comme il eût fait ceux d’Euclide ; et où se trouve en effetla même évidence mathématique.
Il s’en faut beaucoup qu’on puisse porter cette évidence dansla partie de l’optique qui examine les lois de la vision. Rienn’est moins satisfaisant, il faut l’avouer, que les raisonnemensdes philosophes sur les moyens par lesquels l’œil juge de la dis-tance et de la grandeur apparente des objets, sur le lieu où l’onvoit l’image dans les miroirs et dans les verres courbes, enfin surles jugemens qu’on porte de la grandeur de cette même image.Ce sont là néanmoins les questions préliminaires et fondamen-tales de la théorie de la vision , dans laquelle il est impossiblede faire aucun progrès sans les avoir résolues. Aussi le philo-sophe ne doit-il guère traiter ces différens objets, que pour fairesentir combien il y reste à désirer, ou plutôt que tout y est en-core à faire ; et pour indiquer , s’il est possible , les moyens derépandre de nouvelles lumières sur une matière si curieuse.
Ce que nous venons de dire de l’optique, nous pouvons le direà peu près d’une autre science qui lui est analogue, de l’acous-tique ou de la théorie des sons. Les mathématiques nous four-nissent des méthodes pour calculer les vibrations des cordessonores, eu égard à leur degré de tension , à leur grosseur et aleur longueur ; mais quelle est la cause du plaisir que certainsaccords produisent en nous, et des sensations désagréables qued’autres nous font éprouver? Voilà sur quoi nous ne sommes pasplus instruits qu’on l’était du temps de Pylhagore. Il ne faut ence genre qu’une légère connaissance des faits pour se convaincrede l’insuffisance des raisons qu’on en donne (i). L’expérienceseule est donc la base de l’acoustique , et c’est de là qu’il enfaut tirer les règles. Un célèbre musicien de nos jours a déjàfrayé cette route , en déduisant avec succès de la résonnance
(i) Voyez dans Y Encyclopédie les art. Consonnance et Fondamental*