DE PHILOSOPHIE. 34i
cienne. Peu à peu la physique de Descartes succéda dans lesécoles à celle d’Aristote , ou plutôt de ses commentateurs. Si onne touchait pas encore à la vérité , on était du moins sur la voie ;on fit quelques expériences, on tenta de les expliquer ; il eût étémieux qu’on se bornât à les bien faire, et à les rapprocher lesunes des autres avant que d’en venir à aucun système ; maisenfin il ne faut pas-espérer que l’esprit humain se délivre sipromptement de tous ses préjugés. Enfin Newton montra le pre-mier ce que ses prédécesseurs n’avaient fait qu’entrevoir, l’artd’introduire la géométrie dans la physique, et de former , enréunissant l’expérience au calcul, une science exacte, profonde,lumineuse et nouvelle. Aussi grand du moins par ses expériencesd’optique que par son système du monde, il ouvrit de tous côtésune carrière immense et sûre ; l’Angleterre saisit ses vues ; laSociété royale les regarda comme siennes ; les académies deFrance s’y prêtèrent plus lentement et avec plus de résistance ,par la même raison qui avait fait rejeter aux universités , pen-dant plusieurs années, la physique de Descartes. La lumière aenfin prévalu : la génération, ennemie de ces grands hommes ,s’est éteinte ou est demeurée muette dans les académies, et dansles universités auxquelles les académies semblent aujourd’huidonner le ton. Une génération nouvelle s’est élevée , qui achè-vera la révolution ; car, quand les fondemens d’une révolutionsont jetés, c’est presque toujours dans la génération suivante quela révolution s’achève; rarement en deçà, parce que les obstaclespérissent plutôt que de céder ; rarement au-delà , parce que lesbarrières une fois franchies , l’esprit humain prend un essor ra-pide, jusqu’à ce qu’il rencontre un nouvel obstacle qui l’obligede s’arrêter pour long-temps.
L’Université de Paris fournit aujourd’hui une preuve-convain-cante des progrès de la philosophie parmi nous. La géométrie etla physique expérimentale y sont cultivées avec succès. Plusieursjeunes professeurs , pleins de savoir, d’esprit et de courage (caril en faut pour les innovations même les plus innocentes ), ontosé quitter la roule battue pour s’en frayer une nouvelle ; tan-dis que dans d’autres écoles, auxquelles nous épargnons la hontede les nommer, les lois du mouvement de Descartes et même laphysique péripatéticienne sont encore en honneur. Les jeunesmaîtres dont nous parlons forment des élèves vraiment instruits ,qui, au sortir de leur philosophie, sont initiés aux vrais principesde toutes les sciences physico-mathématiques , et qui ne sontplus obligés, comme on l’était il y a peu de temps , d’oublier cequ ils ont appris dans les écoles.
Nous terminerons cette courte histoire de la physique expéri-