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Tome premier.
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34o ÉLÉMENS

que physiciens, ils semblent s’être plus appliqués à la décompo-sition des corps particuliers, et au détail des usages qu’ils enpouvaient faire, qu’à l’étude générale de la nature. Riches d’uneinfinité de connaissances utiles ou curieuses, mais détachées, ilsignoraient les lois du mouvement, celles de l’hydrostatique, lapesanteur de l’air dont ils voyaient les effets sans les connaître Tet plusieurs autres vérités qui sont aujourd’hui la base et commeles élémens de la physique moderne.

Le chancelier Bacon , Anglais comme le moine ( car ce nomet ce peuple sont heureux en philosophie ), embrassa le premierun plus vaste champ. Il entrevit les principes généraux qui doi-vent servir de fondement à l’étude de la nature, il proposa de lesreconnaître par la voie de l’expérience, il annonça un grandnombre de découvertes qui se sont faites depuis. Descartes qui lesuivit de près, et qu’on accusa , peut-être assez mal à propos,d’avoir puisé des lumières dans les ouvrages de Bacon, ouvritquelques routes dans la physique expérimentale ; mais il la re-commanda plus qu’il ne la pratiqua , et c’est ce qui l’a conduit àplusieurs erreurs. Il eut, par exemple , le courage de donner lepremier des lois du mouvement; courage qui mérite la recon-naissance des philosophes, puisqu’il a mis ceux qui ont suivi surla route des lois véritables; mais l’expérience, ou plutôt, commenous le dirons plus bas, des réflexions sur les observations lesplus communes, lui auraient appris que les lois qu’il avait don-nées étaient insoutenables. Descartes , et Bacon lui-même, mal-gré toutes les obligations que leur a la philosophie , lui auraientpeut-être été plus utiles encore, s’ils eussent été plus physiciensde pratique et moins de spéculation; mais le plaisir oisif de 1 laméditation et de la conjecture même entraîne les grands génies ;ils commencent beaucoup et finissent peu; ils proposent desvues, ils prescrivent ce qu’il faut faire pour en constater la jus-tesse et l’avantage, et laissent le travail mécanique à d’autres,qui, éclairés par une lumière étrangère , ne vont pas aussi loinque leurs maîtres auraient été seuls. Ainsi les uns pensent ourêvent, les autres agissent ou manœuvrent, et l’enfance dessciences est éternelle.

Cependant l’esprit de la physique expérimentale, que Baconet Descartes avaient introduit, s’étendit insensiblement. L’aca-démie de Florence , Boyle, Mariotte , et après eux plusieursautres , firent un grand nombre d’expériences avec succès. Lesacadémies se formèrent, et saisirent avec empressement cettemanière de philosopher. Les universités pl us lentes, parce qu’ellesétaient déjà toutes formées lors de la naissance de la physiqueexpérimentale , suivirent long-temps encore leur méthode an-