DE PHILOSOPHIE. 343
mais, différant de la théorie sans l’ébranler, elleconduiraàdes vé-rités nouvelles auxquelles la théorie seule n’aurait pu atteindre.
Le premier objet réel de la physique expérimentale , estl’examen des propriétés générales des corps que l’observationnous fait connaître pour ainsi dire en gros , mais dont l’expé-rience seule peut mesurer et déterminer les effets; tels sont,par exemple, les phénomènes de la pesanteur. Aucune théorien’aurait pu nous faire trouver la loi que les corps pesans suiventdans leur chute verticale ; mais cette loi une fois connue parl’expérience , tout .ce qui appartient au mouvement des corpspesans, soit rectiligne , soit curviligne, soit incliné , soit verti-cal , n’est plus que du ressort de la théorie : si l’expérience s’yjoint, ce ne doit être que dans la même vue et de la même ma-nière que pour les lois primitives de l’impulsion.
L’observation journalière nous apprend de même que l’airest pesant ; mais l’expérience seule pouvait nous éclairer sur laquantité absolue de sa pesanteur. Cette expérience est la basede l’aérométrie, et le raisonnement achève le reste. Il en est demême d’un grand nombre d’autres parties de la physique, danslesquelles une seule expérience, ou même une seule observationsert de base à des théories complètes. Ces parties sont principa-lement celles qu’on a appelées physico-mathématiques , et quiconsistent dans Implication de la géométrie et du calcul auxphénomènes de la nature. C’est par le secours de la géométriequ’on parvient à déterminer la quantité d’un effet compliqué ,et dépendant d’un autre effet mieux connu; il ne faut donc pass’étonner des secours que nous tirons dé cette science dans lacomparaison et l’analyse des faits que l’expérience «nous dé-couvre. Il n’est pas surprenant que les anciens aient peu cultivécette branche de la physique. Souvent la plus subtile géométrieest nécessaire pour y réussir; et la géométrie des anciens , quoi-que d’ailleurs très-profonde et très-savante , ne pouvait allerjusque-là. II y a bien de l’apparence qu’ils l’avaient senti; carleur méthode de philosopher, nous ne saurions trop le redire ,était plus sage que nous ne nous l’imaginons communément. Ondoit donc , s’il est permis de parler ainsi, leur tenir compte del’ignorance où ils étaient sur ce point, de n’avoir pas voulu at-teindre à ce qu’il leur était impossible de savoir, et de n’avoirpoint cherché à faire croire qu’ils y étaient parvenus. Les géo-mètres modernes ont su se procurer à cet égard plus de secours,non parce qu’ils sont supérieurs aux anciens , mais parce qu’ilssont venus depuis. La perfection de l’analyse et l’invention desnouveaux calculs nous ont mis en état de soumettre à la géo-métrie des phénomènes très-compliqués.