Band 
Tome premier.
Seite
346
JPEG-Download
 

346 ÊLÉMENS

finité d’autres faits. Ces auteurs, avec les principes et la méthodedont ils se servent, ne seraient pas plus embarrassés pour ex-pliquer des faits absolument contraires à ceux que nous obser-vons; pour prouver, par exemple , qu’en temps de pluie le ba-romètre doit hausser, que la neige doit tomber en été et la grêleen hiver, et ainsi du reste. Des faits et point de verbiage, voilàla grande règle en physique comme en histoire ; ou pour parlerplus exactement, les explications dans un livre de physiquedoivent être comme les réflexions dans l’histoire , courtes, sages,fines , amenées par les faits , ou renfermées dans les faits mêmepar la manière dont on les présente.

Au reste, quand nous proscrivons de la physique la maniede tout expliquer, nous sommes bien éloignés de condamner,ni cet esprit de conjecture qui, tout à la fois timide et éclairé ,conduit quelquefois à des découvertes ; ni cet esprit d’analogie,dont la sage hardiesse perce au-delà de ce que la nature semblevouloir montrer , et prévoit les faits avant que de les avoir vus.Ces deux talens précieux et rares trompent à la vérité quelque-fois celui .qui n’en fait pas assez sobrement usage ; mais ne setrompe pas ainsi qui veut.

Si la retenue et la circonspection doivent être un des princi-paux caractères du physicien , la patience et le courage doiventd’un autre côté le soutenir dans son travail. En quelque matièreque ce soit , on ne doit pas trop se hâter d’élever entre la natureet l’esprit humain un mur de séparation. En nous méfiant denotre industrie , gardons-nous de nous en méfier avec excès.Dans l’impuissance que nous sentons tous les jours de surmontertant d’obstacles qui se présentent à nous , nous serions sans doutetrop heureux si nous pouvions du moins juger au premier coupd’œil jusqu’où nos efforts peuvent atteindre : mais telle est toutà la fois la force et la faiblesse de notre esprit, qu’il est souventaussi dangereux de prononcer sur ce qu’il ne peut pas que surce qu’il peut. Combien de découvertes modernes dont les an-ciens n’avaient pas même l’idée? Combien de découvertes per-dues que nous contesterions trop légèrement ? Et combien d’au-tres que nous jugerions impossibles , sont réservées pour notrepostérité ?

XXI. CONCLUSION.

Nous avons tracé en général la méthode qu’on doit suivre dansl’étude des principales parties de la philosophie. Il nous resteencore deux objets, les faits historiques et les principes du goût.Nous avons déjà indiqué le plan que le philosophe doit se pro-poser dans l’étude des uns et des autres, nous avons meme fixe