DE PHILOSOPHIE. 345
donc savoir s’arrêter sur ce qu’on ignore , ne pas croire que lesmots de théorème et de corollaire fassent par quelque vertu se-crète l’essence d’une démohstration, et qu’en écrivant à la find’une proposition, ce qu’il fallait démontrer, on rendra dé-montré ce qui ne l’est pas.
Reconnaissons donc que les différens sujets de physique nesont pas également susceptibles de l’application de la géométrie.Si les observations ou les expériences qui servent de base aucalcul sont en petit nombre , si elles sont simples et lumineuses,le géomètre sait alors en tirer le plus grand avantage, et endéduire les connaissances physiques les plus capables de satisfairel’esprit. Des observations moins parfaites servent souvent à leconduire dans ses recherches, et à donner à ses découvertes unnouveau degré de certitude : quelquefois même les raisonne-mens mathématiques peuvent l’instruire et l’éclairer, quandl’expérience est muette, ou ne parle que d’une manière confuse :enfin si les matières qu’il se propose de traiter ne laissent aucuneprise à ses calculs , il se réduit alors aux simples faits dont lesobservations l’instruisent ; incapable de se contenter de fausseslueurs quand la lumière lui manque , il n’a point recours à desraisonneinens vagues et obscurs , au défaut de démonstrationsrigoureuses.
C’est principalement la méthode qu’il doit suivre par rapportà ces phénomènes sur la cause desquels le raisonnement ne peutnous aider, dont nous n’apercevons point la chaîne, ou dont nousne voyons du moins la liaison que très-imparfaitement, très-rarement, et après les avoir envisagés sous bien des faces. Cesont là les faits que le physicien doit surtout chercher à bien con-naître ; il ne saurait trop les multiplier ; plus il en aura recueilli,plus il sera près d’en voir l’union; son objet doit être d’y mettrel’ordre dont ils seront susceptibles, d’expliquer autant qu’il serapossible les uns par les autres, d’en trouver la dépendance mu-tuelle , de saisir le tronc principal qui les unit, de découvrirmême par leur moyen d’autres faits cachés et qui semblaient sedérober à ses recherches, en un mot , d’en former un corps ouil se trouve le moins de lacunes qu’il se pourra ; il n’en resteratoujours que trop. Qu’il se garde bien surtout de vouloir rendreraison de ce qui lui échappe ; qu’il se défie de cette fureurd’expliquer tout, que Descartes a introduite dans la physique ,qui a accoutumé la plupart de ses sectateurs à se contenter deprincipes et de raisons vagues, propres à soutenir également lepour et le contre. On ne peut lire sans étonnement, dans cer-tains auteurs de physique , les explications qu’ils donnent desvariations du baromètre , de la neige t de la grêle et d’une in-