DU MONDE. 3*7
santeur de l’eau commune ; n’est-il donc pas naturel de supposerqu’elle fait à peu près le même effet qu’uue matière fluide ; quela terre est à peu près dans le même état que si sa surface étaitpartout fluide et homogène ; qu’ainsi la direction de la pesanteurest sensiblement perpendiculaire à cette surface et dans le plande l’axe de la terre, et que par conséquent tous les méridienssont semblables, sinon à la rigueur , au moins sensiblement? Lesinégalités de la surface de la terre , les montagnes qui la cou-vrent sont moins considérables par rapport au diamètre duglobe, que ne le seraient des inégalités d’un dixième de lignerépandues çà et là sur la surface d’un globe de deux pieds dediamètre. D’ailleurs le peu d’attraction que les montagnes exer-cent par rapport à leur masse, semble prouver que cette masseest très-petite par rapport à leur volume ; une montagne hémi-sphérique d’une lieue de hauteur devrait écarter le pendule dela situation verticale de plus de 1 f , et à peine les hautes mon-tagnes du Pérou produisent-elles une variation de 7": les mon-tagnes semblent donc avoir en général très-peu de matièrepropre par rapport au reste du globe; conjecture appuyée pard’autres observations , qui nous ont découvert d’immenses ca-vités dans plusieurs de ces montagnes. Ces inégalités, qui nousparaissent si considérables et qui le sont si peu , ont été produitespar les bouleversemens que la terre a soufferts , et dont vraisem-blablement l’effet ne s’est pas étendu fort au-delà de sa surface etde ses premières couches.
Ainsi, de toutes les raisons qu’on peut avoir pour croire lesméridiens dissemblables , la seule qui soit de quelque poids estla différence du degré mesuré en Italie, et du degré mesuré enFrance à une latitude pareille et sous un autre méridien : maiscette différence qui n’est que de 70 toises , c’est-à-dire d’environ35 pour chacun des deux degrés , est-elle assez considérablepour ne pas être attribuée aux erreurs des observations , quel-que exactes qu’on les suppose? Deux secondes d’erreur dans laseule mesure de l’arc céleste donnent 32 toises d’erreur sur ledegré; et quel observateur peut répondre de deux secondes?Ceux qui sont tout à la fois les plus exacts et les plus sincères ,oseraient-ils même répondre de 60 toises sur la mesure du de-gré , puisque 60 toises ne supposent pas une erreur de 4" dans lamesure de l’arc céleste, et aucune dans les opérations géogra-phiques ?
Rien ne nous oblige donc à croire encore que les méridienssoient dissemblables. 11 faudrait pour autoriser pleinement cetteopinion , avoir mesure deux ou plusieurs degrés à la même la-