DES VENTS. 439
nouvelle condition ajoute au problème une difficulté très-consi-dérable : car s’il est permis de négliger l’attraction mutuelle desparties de l’atmosphère , à cause de leur peu de densité, il fautnécessairement avoir égard à celles que les particules fluides del’Océan exercent les unes sur les autres, et sur la masse d’airqui les couvre. D’ailleurs, les eaux de la mer sont agitées parle soleil en même temps que les parties de l’air ; et cette cir-constance doit rendre les vents autres qu’ils ne seraient sur unesurface solide et inébranlable. Car il est facile de concevoir quela vitesse d’un fluide dont le lit change continuellement depente, doit être fort différente de celle que ce même fluide au-rait s’il coulait sur un fond stable et immobile. Aussi la seuleprofondeur des eaux peut-elle changer dans certains cas la di-rection naturelle du vent, et transformer, par exemple, le ventgénéral d’est en un vent d’ouest, comme il arrive en quelquesparages sous la zone torride même.
Néanmoins, en imaginant que le globe terrestre fut entière-ment inondé par l’Océan, j’ai cru devoir donner aux eaux unehauteur assez peu considérable par rapport au rayon de la terre.Car la masse du globe terrestre, dans l’état où il est mainte-nant, est principalement composée de parties solides : or cesparties résistent à l’action du soleil par leur solidité même quiles empêche de changer de place les unes par rapport auxautres; et il est évident que dans le cas où la terre deviendraitentièrement fluide, le mouvement des eaux et de l’atmosphèreserait bien différent de ce qu’il est en effet. C’est pourquoi,si on imagine le globe terrestre entièrement couvert d’eau, ilfaut au moins le rapprocher le plus qu’il est possible de son étatactuel, et supposer par conséquent la profondeur de la merassez petite par rapport au rayon de la terre, quoique toujourstrès-considérable par rapport à celle des plus grands fleuves.
Je ne dois pas omettre ici une observation essentielle. Il peuty avoir des cas où le fluide s’abaisse sous l’astre qui l’attire, aulieu de s’élever; on rendra aisément raison de ce paradoxe, sion considère que le fluide, étant une fois mis en mouvement,s’élève, non-seulement par l’action de l’astre, mais encore par laforce d’inertie et par l’action mutuelle de ses parties. Or la com-binaison de ces forces peut être telle, que le fluide, au lieu des’élever sous l’astre même, s’élève à 90 degrés delà, et par con-séquent s’abaisse au-dessous de l’astre.
A cette observation j’en joindrai une seconde qui n’est pasmoins importante. Si la terre était entièrement inondée par leseaux de l’Océan, ces eaux pourraient aussi bien que l’air, formersous l’équateur un courant perpétuel, et ce courant serait versU . a8