DES PROBABILITÉS. 4-9
quelque manière les trois arrangemens comme également pos-sibles , physiquement parlant, quoique la possibilité mathéma-tique soit égale et la même pour tous les trois.
On est étonné que la lune tourne autour de son axe dans untemps précisément égal à celui qu’elle met à tourner autour dela terre, et on cherche quelle en est la cause ? Si le rapport desdeux temps était celui de deux nombres pris au hasard , parexemple de ai à 33, on ne serait plus surpris, et on ny cher-cherait pas de cause ; cependant le rapport d’égalité est évidem-ment aussi possible , mathématiquement parlant, que celui de21 à 33; pourquoi donc chercher une cause au premier et nonpas au second ?
Un grand géomètre, Daniel Bernoulli, nous a donné un savantmémoire oh il cherche par quelle raison les orbites des planètessont renfermées dans une très-petite zone parallèle à l’écliptique,et qui nés t que la dix-septi'eme jiartie de la sphère; il calculecombien il y a à parier que les cinq planètes, Saturne, Jujuter,Mars, Vénus et Mercure, jetées au hasard autour du soleil,s’écarteraient si peu du plan où tourne la sixième planète , quiest la l’erre; il trouve qu’il y a à paner plus de 1400000 contreun que la chose n’arriverait pas ainsi; d’où il conclut que ceteffet n’ést point dû au hasard , et en conséquence il eu chercheet en détermine bien ou mal la cause. Or je dis que, mathéma-tiquement parlant, il était également possible, ou que les cinqplanètes s’écartassent aussi peu qu’elles le font du plan de l’é-cliptique , ou qu’elles prissent tout autre arrangement, qui lesaurait beaucoup plus écartées, et dispersées comme les comètessous tous les angles possibles avec l’écliptique ; cependant per-sonne ne s’avise de demander pourquoi les comètes n’ont pasde limites dans leur inclinaison , et on demande pourquoi lesplanètes en ont? Quelle peut en être la raison ? sinon encoreune fois parce qu’on regarde comme très-vraisemblable, etpresque comme évident qu’une combinaison où il parait de larégularité et une espèce de dessein, n’est pas l’effet du hasard ,quoique , mathématiquement parlant , elle soit aussi possible quetoute autre combinaison où l’on ne verrait aucun ordre ni aucunesingularité, et à laquelle, par cette raison, on ne penserait pasa chercher une cause.
Si on jetait cinq fois de suite un dé à dix-sept faces, et quetoutes ces cinq fois il arrivât sonnez, Bernoulli pourrait prouverqu il y avait précisément le même pari à faire que dans le casdes planètes, que sonnez n’arriverait pas ainsi. Or, je lui de-mande s’il chercherait une cause à cet événement, ou s’il 11’enchercherait pas? S’il n’en cherche point, et qu’il le regarde