47 g RÉFLEXIONS
vérole , lorsqu’on en est attaqué , soit le même pour tous lesâges ? Sur un nombre égal de personnes de 20 ou 2.4 ans d’unepart, et de l’autre d’enfans de 4, 5 ou 6 ans qui auront la pe-tite vérole , peut-on supposer raisonnablement qu’il n’en mourrapas davantage dans la première classe que dans la seconde ?L’expérience paraît prouver le contraire ; et il n’est pas dif-ficile de concevoir qu’en effet cette maladie est plus dange-reuse dans un âge où le sang est peut-être déjà fort altéré parles passions, par la manière de vivre , et par mille autrescauses , que dès l’enfance où le sang est infiniment plus pur etplus doux.
Aussi les suppositions Se Bernoulli conduisent-elles à des con-séquences qui ne paraissent pas fort vraisemblables ; entre autresà celle-ci , que, dans le cours de la neuvième année de la vie ,il meurt, par la seule petite vérole , les deux tiers de ce quimeurt par toutes les autres maladies prises ensemble. Il n’yaura, je crois , personne à qui ce résultat ne paraisse exorbi-tant.
Enfin les hypothèses de ce grand géomètre sur le risque del’inoculation 11e sont peut-être pas plus exactes; il faudrait sa-voir si celte opération emporte toujours , comme il le suppose ,la même partie des inoculés, à quelque âge qu’on les inocule.
J’avouerai cependant que s’il n’y avait que des difficultés decette espèce qui empêchassent de fixer par le calcul les avan-tages de l’inoculation , ces difficultés n’auraient lieu qu’à raisonde l’imperfection actuelle de nos connaissances sur cette matière,et le petit nombre d’observations certaines qu’on a recueilliesjusqu’à présent. En formant avec le temps des tables exactes deceux qui prennent la petite vérole à chaque âge , de ceux quien meurent, et du sort des inoculés, on parviendrait dans lasuite à une connaissance précise de la mortalité du genre hu-main , dans l’hypothèse qu’on laisse agir la petite vérole natu-relle , et dans l’hypothèse de l’inoculation; et on aurait la difle-rence de vie moyenne dans les deux cas. ,
Mais qu’apprendra-t-on par cette différence de vie moyenne ?On connaîtra tout au plus pour chaque âge le temps qu’on peutespérer d’ajouter à sa vie en se faisant inoculer ; or cette con-naissance ne me paraît pas suffire pour fixer d’une manière sa-tisfaisante les avantages de l’inoculation. Afin de me faire mieuxentendre , j’appliquerai à un exemple le raisonnement que jevais faire. Je suppose , comme il résulte des principes et descalculs de Bernoulli , que la vie moyenne d’un homme de 3oans , qui n’a point eu la petite vérole , soit 24 autres annéeset 4 mois , c’est-à-dire qu’il puisse raisonnablement espérer de