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Tome premier.
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SUR L’INOCULATION. 4 77

vivre encore 24 ans et 4 nl °is en s’abandonnant à la nature eten ne se faisant point inoculer ; je suppose encore avec Bernoulli,comme on l’a vu plus haut, qu’en se soumettant à celte opéra-tion , la vie soit de 2 7 ans, c’est-à-dire de 2 ans et 8 mois deplus que si on attendait la petite vérole ; je suppose enfin , tou-jours avec Bernoulli, que le risque de mourir de l’inoculationsoit de i sur 200 ; cela supposé , il me semble que pour appré-cier l’avantage de l’inoculation, il faut comparer, non la viemoyenne de 2 7 ans à la vie moyenne de 24 ans et 4 mois, maisle risque de 1 sur 200, auquel on s’expose, de mourir en unmois par l’inoculation , et cela à l’âge de 3 o ans , dans la forcede la santé et de la jeunesse , à l’avantage éloigné de vivre 2 anset 8 mois par-delà 54 ans , c’est-à-dire lorsqu’on sera beaucoupmoins jeune , moins vigoureux , enfin moins en état de jouir dela vie (1).

§ VI. Comparaison frappante pour faire sentir Finsuffisancede ces calculs.

Ex un mot, si on admet les suppositions de Bernoulli , celuiqui se fait inoculer est à peu près dans le cas d’un joueur qui ris-que i contre 200 , de perdre tout son bien dans la journée, pourl’espérance d’ajouter à ce bien une somme inconnue , et mêmeassez petite, au bout d’un nombre d’aunées fort éloigné , etlorsqu’il sera beaucoup moins sensible à la jouissance de cetteaugmentation de fortune. Or, comment comparer ce risque pré-sent à cet avantage inconnu et éloigné? c’est sur quoi l’analysedes probabilités ne peut rien nous apprendre : toutes les règlesde cette analyse n’enseignent qu’à comparer un risque présentou proche, à un avantage également présent ou proche , et nonun risque présent à un avantage éloigné, qui diminue par sadistance même , sans qu’on puisse estimer au juste, ni même àpeu près, suivant quelle loi se fait cette diminution.

Ce serait une objection bien puérile contre la comparaisonprécédente , de dire que personne n’est obligé de risquer sonargent au jeu , au lieu que tout homme est obligé de jouer le jeude se faire inoculer , s’il ne veut pas s’exposer au risque demourir un jour de la petite vérole. Pour prévenir cette chicane ,supposons que le joueur auquel nous comparons l’inoculé , setrouve obligé en effet, n’importe par quelle circonstance , ou derisquer 1 contre 200 d’être réduit tout à coup à l’aumône , ou

(1) Le calcul est fait ici d’après les principes de Bernoulli, avec plus deprécision que dans les premières éditions de cet écrit, et le nouveau résultatest encore moins favorable k l’inoculation ; mais d quelque calcul que l’onparte, le raisonnement sera toujours le même.

I.

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