SUR L’INOCULATION. 479
chacun 5o ans, l’un portant l’autre , en ne se faisant point ino-culer. Je suppose ensuite que l’inoculation , une fois pratiquée,délivre de la petite vérole pour tout le reste de la vie , et parconséquent que les inoculés soient sûrs de vivre 100 ans, s’ilséchappent à l’inoculation ; mais que cette opération enlève unevictime sur cinq , en sorte qu’il n’en réchappe que les quatre cin-quièmes. Cela posé, si tous les citoyens sont inoculés à la mamelle,il en mourra en i5 jours un cinquième , et les survivans vivront100 ans chacun ; donc la vie moyenne du total des enfans, quiétait de 5o années avant qu’on les inoculât, deviendra , au mo-ment où on les inocule , de 100 ans moins un cinquième, c’est-à-dire de 80 ans , et par conséquent de 3o années plus grondeque ne le serait la vie moyenne de ces mêmes enfans abandon-nés à la nature : dans cette même hypothèse, la vie moyennedes enfans de 10 ans serait de 45 années avant l’inoculation , etde 72, c’est-à-dire de 27 ans de plus, au moment où on lesinoculerait ; celle des personnes de 20 ans serait de 4° ansavant l’inoculation, et de 64 dès qu’elles seraient inoculées, c’est-à-dire de 24 ans de plus , et ainsi du reste. Si donc on appli-quait à cette hypothèse le raisonnement fondé sur l’augmenta-tion de la vie moyenne des inoculés , on en conclurait que dansle cas présent l’inoculation serait très-avantageuse; cependantje doute que dans ce même cas personne ne voulût prendre leparti de la risquer, ni sur soi ni sur les siens ; par la raison quele risque de mourir de l’inoculation étant un danger instant etprésent, et se trouvant d’un contre quatre, est plus que suffisantpour balancer la certitude de vivre jusqu’à 100 ans après avoiréchappé à cette opération. En vain répondrait-on que nousavons fait une supposition arbitraire , qui n’a point lieu dansl’état actuel de la vie des hommes. Cette supposition suffit pourl’objet que nous nous sommes proposé , pour montrer que l’aug-mentation de la vie moyenne des inoculés n’est pas un argumentsuffisant en faveur de l’inoculation ; car, encore une fois , si ceprincipe était juste , il serait applicable à toutes sortes d’hypo-thèses , surtout à celles où la vie moyenne des inoculés seraitconsidérablement plus grande que la vie moyenne de ceux quine le sont pas. Dans le cas imaginaire que nous avons pris, lerisque de mourir de l’inoculation est très-grand , mais la vie•moyenne est prodigieusement augmentée; dans le cas réel , lerisque est sans doute beaucoup moindre , mais l’augmentationde la vie moyenne est beaucoup moindre aussi. Ce n’est doueni la longueur seule de la vie moyenne , ni la seule petitesse durisque , qui doit déterminer à admettre l’inoculation ; c’est uni-quement le rapport entre le risque d’une part, et de l’autre