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Tome premier.
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478 RÉFLEXIONS

de renoncer à une très-médiocre augmentation de fortune quilui viendra au bout de plusieurs années , s’il s’expose à ce risqueet qu’il y écliappe ; je demande si ce joueur sera fort blâmabled’être embarrassé sur le parti qu’il doit prendre.

Voilà , il n’en faut point douter, ce qui rend tant de personnes,et surtout tant de mères , peu favorables parmi nous à l’inocu-lation. Le raisonnement que nous venons de développer, ellesle font implicitement : sans pouvoir comparer leur crainte à leuresnérance , elles prennent acte, si on peut parler ainsi, de l’a-veu que font les inoculateurs, qu’on peut mourir de la petitevérole artificielle ; elles voient l’inoculation comme un périlinstant et prochain de perdre la vie en un mois, et la petite vé-role comme un danger incertain , et dont on ne peut assigner laplace dans le cours d’une longue vie : ne pouvant donc comparerces deux risques et en fixer le rapport, la présence du premierles frappe plus que la grandeur incertaine du second ; et l’onsait combien la présence ou la proximité d’un danger qu’oncraint, ou d’un avantage qu’on espère , a de poids pour déter-miner la multitude. Jouir du présent, et s'inquiéter peu de l’a-venir, telle est la logique commune ; logique moitié bonne ,moitié mauvaise , dont il ne faut pas espérer que les hommes secorrigent.

§ VII. Considération qui sert encore à montrer Vinsuffisancedu calcul de Bernoulli.

Pour rendre encore plus sensible l’impossibilité d’appliquer àcette matière , d’une manière précise, le calcul des probabilités,et pour réfuter les sophismes qu’on pourrait faire à ce sujet,je joindrai ici le raisonnement suivant, auquel je prie qu’onfasse attention. Si l’inoculation était avantageuse par cotteconsidération seule , que la vie moyenne des inoculés est plusgrande que celle des autres hommes, elle serait d’autant plusavantageuse , et on devrait être d’autant plus empressé de lapratiquer, qu’elle augmenterait davantage la longueur de lavie moyenne. Or il est aisé d’imaginer une infinité d’hypothèses,oh l’inoculation augmenterait énormément la vie moyenne , etoh néanmoins on serait très-imprudent de se soumettre à cetteopération. Voici , par exemple , un de ces cas.

Je supposerai que la plus longue vie de l’homme soit de 100ans , que la petite vérole soit la seule maladie mortelle , et quecelte maladie enlève tous les ans un nombre égal d’hommes ;dans ce cas, la vie moyenne de ceux qui attendraient, la petitevérole serait de 5 o ans, puisque tous les hommes vivraient