SUR L’INOCÜI.ATION. 485
aussi beaucoup d’autres ne jugent-ils pas à propos de courir cerisque, et n’en sont peut-être pas moins sages.
Enfin, dit-on encore, en se faisant saigner par précaution,on expose aussi sa vie, puisqu’il y a des exemples de saignéesdevenues mortelles par la piqûre d’un tendon ou d’une artère ;est-ce à dire qu’il ne faut pas se faire saigner par précaution ?
Les deux cas ne sont pas les mêmes; la saignée de sa na-ture est salubre, ou du moins regardée comme telle, et ne peutêtre nuisible que par la maladresse accidentelle de l’opérateur;au lieu que ceux qui accordent qu’on peut mourir de l’inocula-tion ne sauraient attribuer ce malheur qu’à la maladie mêmequ’on s’est donnée.
Non, répondent quelques uns d’entre eux ; quand un inoculépérirait, il serait injuste d’attribuer sa mort à l’inoculation ; ilest prouvé que de 3oo personnes vivantes il en meurt à peu prèsune par mois ; l’inoculé qui meurt sera cette trois-centième per-sonne qui devait mourir, et qui serait morte d’ailleurs sans sefaire inoculer.
Cette réponse , si on ose le dire, ne paraît qu’un faux-fuyantpeu capable de faire impression sur les esprits non prévenus.Que penserait-on d’un père qui dirait : mon fils est mort à lasuite de l’inoculation, mais je men console, parce que sûre-ment il serait mort dans le mois, indépendamment de cette ma-ladie? D’ailleurs, de l’aveu des inoculateurs mêmes, ceux qu’oninocule doivent être, si l’opérateur est sage, dans un état desanté qui ne laisse presque pas douter du succès ; or je veuxbien accorder que de 3oo personnes il en meurt une dans lemois, si ces 3oo personnes sont prises au hasard, parce qu’eneffet parmi ces 3oo personnes il y en aurait plus d’une dontl’examen annoncerait évidemment qu’elle touche à sa fin ; maisde 3oo personnes choisies, reconnues bien portantes par unobservateur attentif et expérimenté , n’ayant pas en un motla plus légère cause apparente de mort, et même de maladieprochaine, en mourra-l-il une dans le mois? c’est de quoi jedoute beaucoup; je crois même qu’on peut assurer le contraire.En effet, comme on l’a vu plus haut, 1200 inoculés bien choi-sis, et traités eu Angleterre par un seul opérateur, ont échappéà la mort ; or il aurait dû en mourir quatre, dans la suppositionque de 3oo personnes bien saines, il en meure une dans le mois.
Mais , disent encore quelques partisans de l’inoculation, ceuxà qui cette opération paraîtra donner la mort, peuvent avoirdéjà contracté par contagion le venin de la petite vérole natu-relle , dont ils périront, quoiqu’ils soient en apparence les vic-times de la petite vérole artificielle.