SUR L’INOCULATION. 4^7
crainte qu’il peut toujours avoir , de donner par l’inoculationune mort prématurée à quelqu’un de ses enfans, et peut-etreà celui qui lui est le plus cher, peut encore avoir assez de forcepour le faire balancer : l’amour paternel, de tous les sentimensle plus profond et le plus vif, peut se faire des scrupules dontil faut respecter la délicatesse ; et tout ce qui tient aux impres-sions de la nature est d’un genre qu’on ne peut soumettre à 1 a-nalyse mathématique.
§ VL Ce que doit considérer , toujours dans la même hypothèse,toute personne qui voudra se faire inoculer.
Ce que nous avons dit des pères à l’égard de leurs enfans ,toujours dans la supposition que l’inoculation puisse faire perdrela vie, peut se dire de même de chaque particulier qui voudrase faire inoculer. Le parti qu’on prendra dépend de mille con-sidérations , que la seule personne intéressée peut apprécier; dudegré et de l’espèce d’attachement qu’on a pour la vie, desraisons qui peuvent y attacher plus ou moins dans le momentou l’on délibère ; de quelques considérations particulières quipeuvent rendre la petite vérole naturelle plus redoutable ; parexemple, dans les femmes la crainte de perdre leur beauté ;dans plusieurs familles les ravages que la petite vérole y a faits ;dans certaines personnes la frayeur extrême quelles ont d’enmourir, frayeur qui peut seule rendre cette maladie mortellesi on en est attaqué ; frayeur qui d’ailleurs trouble et empoi-sonne la vie, et qui doit faire recourir à l’inoculation, à moinsque la terreur ne s’étende jusqu’à la crainte de succomber àl’inoculation même : c’est ce qu’on a vu dans quelques per-sonnes, qui redoutant à peu près également la petite vérolenaturelle et l’inoculée, et n’osant par cette raison s’exposer à laseconde, ont fini par être les victimes de la première.
§ VIL Examen de quelques faits qu'on a avancés sur la petitevérole naturelle.
Au reste, la frayeur de mourir de la petite vérole, quandelle est raisonnée , car nous ne parlons pas d’une terreur pué-rile et panique, doit être proportionnée au danger qu’on courtréellement d’être attaqué de cette maladie et d’en mourir; etce danger est plus ou moins grand , selon le lieu qu’on habite,et l’âge auquel on est parvenu. En effet, les calculs que nousavons faits ci-dessus pour apprécier les avantages de l’inocula-tion en général, ne sont bons tout au plus que pour les grandesvilles comme Paris, Londres, etc. , où la petite vérole est beau-