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Tome premier.
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SUR L’INOCULATION. 4g3

§ XII. Du parti que l’Etat doit prendre sur l’inoculation.

Après avoir exposé les cloutes qui peuvent rester aux parti-culiers sur les avantages de l’inoculation, dans l’hypotlièse quecette opération puisse causer la mort, examinons le parti quel’Etat doit prendre dans cette même supposition.

Si l’inoculation peut donner la mort, l’État, comme nous l’a-vons vu , n’est pas en droit d’obliger les citoyens à s’y soumettre.Mais il doit encore moins les en empêcher , si, dans la supposi-tion qu’elle puisse être nuisible à quelques personnes, elle pro-longe en même temps, comme nous le supposons, la vie d’unbeaucoup plus grand nombre. Car il est évident que dans cettesupposition elle serait avantageuse à l’État, puisqu’elle augmen-terait la population aux dépens de quelques victimes seulementqu’on n’aurait pas forcées à l’être : peut-être même serait-ceune politique bien entendue pour encourager l’inoculation, depromettre des marques d’honneur après leur mort à ces victimesvolontaires, ou des récompenses à leur famille. La seule raisonqui pourrait empêcher que l’inoculation n’obtînt cette faveur,ce serait la crainte bien ou mal fondée d’augmenter en ce caspar la contagion le nombre des petites véroles naturelles; objec-tion que nous examinerons dans la suite.

Abstraction faite pour un moment de cette dernière objection,et partant d’ailleurs des suppositions que nous avons faites,l’État doit-il consentir à l’établissement d’un hôpital tel quecelui de Londres, où sur 3oo victimes volontaires qui viendraientse dévouer à l’inoculation , il en périrait une? Non-seulementl’État doit consentir à cet établissement, il doit même le favo-riser de tout son pouvoir, parce que tout moyen de conserverla vie à plusieurs centaines de citoyens, doit être précieux à ceuxqui gouvernent.

Enfin l’État doit-il se permettre, toujours dans les mêmeshypothèses, de faire pratiquer l’inoculation sur ces malheureuxenfaus, victimes du libertinage ou de l’indigence, qui n’ont depère que l’État? Je crois que l’intérêt public le demande, etque l’humanité ne s’y oppose pas ; car on suppose que par cetteopération on prolongerait la vie d’un grand nombre de ces en-fans , qui tous sans distinction doivent être également chers etprécieux à la patrie. Mais la même humanité exigerait qu’on nesoumît à l’opération que ceuxsurquielleparaîtrait devoir réussir;autrement ce serait imiter en partie ces lois barbares de Sparte,qui condamnaient à la mort des enfans nouveau-nés lorsqu’ilsétaient estropiés ou malsains.

Au reste, la précaution qu’on demande ici en faveur de cesi. 3a