492 RÉFLEXIONS
conséquent un septième du genre humain ne serait point sujetà la petite vérole; ce qui serait bien au-dessus du vingt-qua-trième auquel on fixe cette partie des hommes. Je ne prétendspas donner le calcul précédent pour exact à beaucoup près ;mais il suffit, ce me semble, pour faire voir que le prétendurapport de i à 24, entre ceux qui n’ont pas la petite vérole etceux qui en sont attaqués , est au moins très-douteux, pourn’en pas dire davantage; et cela d’après les calculs même adop-tés par les partisans de l’inoculation.
On ignore de plus quel est à chaque âge le danger de tomberdans cette maladie ; danger qui est peut-être fort peu considé-rable pour ceux qui ont passé 5 o ans. Je trouve par les élogesde l’Académie des sciences, que de go académiciens morts au-dessus de cet âge , il n’en a péri aucun de la petite vérole ; d’oùl’on serait peut-être en droit de conclure qu’au-dessus de 5 oans , cette maladie n’enlève pas la quatre-vingt-dixième partiede l’espèce humaine. Or s’il est très-commun, comme nousl’avons observé plus haut, de n’avoir pas encore eu la petitevérole à 5 o ans, et si d’un autre côté, comme il y a lieu de lecroire, elle est surtout dangereuse et mortelle pour ceux quiont atteint cet âge, il s’ensuivrait de toutes ces vérités ou hypo-thèses combinées, qu’un grand nombre de ceux qui ont atteintcet âge sans avoir eu cette maladie , meurent sans lui payer cetribut ; assertion peut-être aussi fondée pour le moins que lepourrait être l’assertion opposée.
■ Enfin, et c’est ici l’observation essentielle sur laquelle nous11e saurions trop insister, quand on égale le danger d’attendrela petite vérole, au danger d’en mourir lorsqu’on en est atteint,on tombe dans le sophisme palpable d’égaler un danger présentà un danger qui peut être éloigné, et qui devient même incer-tain par son éloignement, comme nous l’avons déjà dit. Onobjecte, je ne sais si c’est sérieusement, que la distance où l’onvoit un danger ne le rend pas incertain pour cela ; et on citepour preuve la mort; étrange raisonnement! comme s’il étaitaussi sûr qu’on sera attaqué ( de la petite vérole, qu’il l’est qu ondoit mourir un jour ? L’effet de la distance où l’on voit le dangerest bien différent dans les deux cas; dans celui de la mort, ladistance ne rend pas le danger incertain , parce que ce dangera dans le cours de la vie une place fixe, quoique inconnue, donton s’approche toujours; dans le cas de la petite vérole, non-seulement on voit le danger dans l’éloignement, mais il est in-certain même si on s’en approche.