Band 
Tome premier.
Seite
507
JPEG-Download
 

SUR L’INOCULATION. 5o 7

■varié sur ce sujet dans leurs discours. Après une opération quin’avait rien produit en apparence, ils avaient, dit-on, assuré d’a-bord les inoculés et leurs parens qu’ils pouvaient être tran-quilles, la matière de la petite vérole, s’il y en avait, étantsortie par la seule suppuration des plaies; ces inoculateurs,ajoute-t-on, car nous ne sommes qu’historiens, ont changé delangage quand ils ont vu ces mêmes inoculés attaqués de lapetite vérole naturelle; ils ont dit que cet accident ne devaitpoint surprendre , puisque l’effet de l’inoculation avait été man-que. Je n’approfondirai point la vérité de ces faits, devenus au-jourd’hui trop difficiles à éclaircir. J’examinerai encore moins,n’étant pas en état de rien décider là-dessus, si certains ma-lades qui ont eu la petite vérole et qui même en sont mortsaprès avoir été inoculés plusieurs fois inutilement, auraient eula petite vérole artificielle, en se faisant inoculer par d’autresmédecins, qui ne les eussent pas, dit-on, si légèrement traités,qui eussent employé un virus variolique plus efficace. Je vou-drais seulement que, pour éviter à l’avenir ces reproches bien oumal fondés, les inoculateurs déclarassent désormais par écrit,à chaque malade qu’ils traitent, s’ils croient que l’inoculationa réussi suffisamment pour n’avoir plus de petite vérole à crain-dre. Pour la centième fois, car à la honte du genre humain onne saurait trop le répéter, la bonne foi la plus scrupuleuse estsurtout ce qu’on doit désirer ici, soit dans les adversaires del’inoculation, soit dans ses partisans. Malheureusement, cettebonne foi si nécessaire ne passe pas pour être la vertu favoritede la plupart de ces hommes à qui nous confions notre santéet notre vie ; il me semble pourtant que le plus estimabled’entre eux, le plus digne à tous égards de la confiance publique,serait celui dont on pourrait dire : •

Incorrupta fides, nudaque veritasQuattdo ullum inventent pavent !

Je n’ose parler qu’en frémissant d’une dernière objectioncontre l’inoculation, qu’on n’a pas craint de faire dans unécrit public.

L’ inoculation, a-t-on dit, si elle était autorisée, pourraitservir de moyen aux scélérats pour abréger les jours de ceux

Qu ils auraient intérêt de voir périr . Ma plume se refuse à

tx-anscrire de telles horreurs. Et quel î-emède ne peut pas de-

venir un poison entre les mains d’un scélérat?