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Tome premier.
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518
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518 DE LA LIBERTÉ

de penser comme Rousseau , et la témérité de le dire, ne futpas épargnée dans ces circonstances ; ce fut comme la premièreétincelle de l’embrasement général, qui, en gagnant de procheeu proche, a depuis échauffé tant d’esprits contre cet ouvrage.On représenta les auteurs comme une société formée pour dé-truire à la fois la religion, l'autorité , les mœurs et la musique.Bientôt, comme par un effet du sort qui les poursuivait pourles rendre odieux , l’effervescence qu’on les accusait d’exciter ,s’étendit de la capitale aux provinces ; Lyon fut troublé commeParis; et c’était encore un encyclopédiste, et par malheur unhomme de beaucoup d’esprit, qui était à la tête des séditieux.

V. Parmi le grand nombre d’écrits sur les deux musiques,dont Rousseau a donné comme le signal, presque tous étaient enfaveur de la musique française qui en avait le plus de besoin ;quelques uns de ses partisans essayèrent de la soutenir par desraisons , le plus grand nombre de la venger par des injures; lesbouffonistes n’écrivaient guère, lisaient encore moins ce qu’onécrivait contre eux, et se consolaient des ennemis que la musiqueitalienne leur faisait, par le plaisir qu’ils avaient à l’entendre.En vain, pour les dégoûter des airs charmans que les Italiensexécutaient, on les assurait que ces baladins qui leur faisaienttourner la tête , étaient le rebut de l’Italie , et dignes à peine destréteaux d’une place publique ; ils répondaient que si Vexécutionétait mauvaise, la musique était divine, et qu’ils préféraient unexcellent livre aussi mal lu qu’on voudrait, à la lecture la mieuxfaite d’un ouvrage fastidieux. Du reste , soit par la bonté deleur cause, soit par l’art qu’ils ont eu de la faire valoir, l’avan-tage leur est demeuré dans le peu même qu’ils ont écrit ; de cettefoule innombrable de brochures publiées il y a huit ans contrel’opéra français, le petit Prophète et la lettre de Rousseau sontles deux seules dont on se souvienne; on a oublié jusqu’au titredes autres.

YI. Ce n’est pas la première fois qu’on a manqué de respect àla musique française dans le lieu même de son empire. Aucommencement de ce siècle, l’abbé Raguenet, écrivain d’uneimagination vive, mit au jour un petit ouvrage oh notre musiqueétait presque aussi maltraitée que dans la lettre de Rousseau.Cet écrit n’excita ni guerres, ni haine dans le temps oh il parut ;la musique française régnait alors paisiblement sur nos organesassoupis ; on regarda l’abbé Raguenet comme un séditieux isolé,un conjuré sans complices, dont on n’avait point de révolutionà craindre. Rousseau a trouvé des lecteurs plus aguerris et pluscapables de l’entendre, et par conséquent plus de gens interes-