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Tome premier.
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524 DE LA LIBERTÉ

l’interruption pour être goûtés sans fatigue , il s’ensuit que dansce genre de spectacle le plaisir ne peut entrer dans notre âme partrop de sens à la fois; qu’on ne saurait, pour ainsi dire, laissertrop de portes ouvertes, y mettre trop de diversité ; et qu’unopéra qui réunit comme le nôtre les machines, les chœurs , lechant et la danse , est préférable à l’opéra italien qui se borneau spectacle et auchant. On prétend, je le sais, que les opéras (i)italiens ont un avantage , en ce qu’ils peuvent être déclaméscomme chantés , ce qui n’aurait pas lieu dans les nôtres. Sup-posé le fait vrai, tout ce qu’on en peut conclure, c’est qu’il fautchanter nos opéras et déclamer (2) nos tragédies. Mais ce prétenduavantage des tragédies italiennes, d’être également propres auchant ou à la déclamation , rend à mes yeux leur mérite biensuspect. C’est n’avoir point de caractère que d’en pouvoir si faci-lement changer ; et je ne sais ce qu’on doit penser d’un genre depièces, auquel la forme de la représentation est indifférente.J’accorderai pourtant, si l’on veut, que le meilleur opéra deQuinault déclamé fera moins de plaisir que le meilleur opérade Métastase déclamé de même ; j’accorderai encore que lameilleure tragédie deRacine, mise en musique, nous plaira moinsque la meilleure tragédie chantée de Métastase ; mais qu’onjoue à la suite l’une de l’autre une tragédie de Racine et unede Métastase , et qu’on exécute de même successivement unopéra de Métastase , et un opéra de Quinault mis en bonne mu-sique : et malgré toute l’estime que mérite le poète italien , jene doute pas que l’avantage du parallèle ne demeure aux deuxpoètes français.

XIV. Au reste, quel que doive être le succès de celte épreuve,il sera toujours incontestable que la tragédie parlée est préfé-rable à la tragédie chantée ; la première est une action , dontla vérité ne dépend que de ceux qui l’exécutent, la seconde nesera jamais qu’un spectacle. Quelque superstitieux admirateurde l’antiquité m’opposera sans doute les tragédies grecques : lesanciens, dira-t-i], nos modèles et nos maîtres, connaissaient aussibien que nous la nature, et le mérite de l’imiter telle quelle est.Cependant chez eux les pièces de théâtre étaient chantées ; et ilsj trouvaient apparemment plus d’avantages que dans la simpledéclamation. Si on voulait répondre en servile adorateur desanciens, qui regarde leur exemple et leur autorité comme unargument sans réplique , on pourrait dire que la question dont

(1) J’écris opéras au pluriel, maigre la decision contraire , parce qu’il mesemble que la dernière syllabe de ce mot est longue au pluriel.

(2) Je me sers ici du mot déclamer, tout impropre qu’il est, parce que nousn’en avons point d’autre pour opposer la tragédie parlée à lu tragédie chantée•