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Tome premier.
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53o DE LA LIBERTÉ

l’oreille la moins sensible une impression qui n’est ni moinsvive ni moins agréable que celle des plus beaux airs italiens.D’excellens juges même ne balancent pas à lui donner la préfé-rence sur les airs, parce que l’expression du sentiment y estmoins chargée, plus simple, et par conséquent plus vraie ; ilsemble enfin , tant la vérité et la nature ont des droits sur nous,que ce récitatif obligé est entendu quelquefois avec plaisir parles ennemis même du récitatif italien ordinaire. Cependant iln’y a point entre l’un et l’autre de différence réelle , la marcheest absolument semblable ; seulement le récitatif obligé, donton fait souvent usage dans les monologues, est coupé, interrom-pu , et soutenu par l’orchestre qui sert comme d’interlocuteur ;et d’ailleurs ce récitatif étant employé pour l’ordinaire à desexpressions vives, les inflexions de la douleur, de la joie, dudésespoir, de la colère y sont plus sensibles et plus fréquentesque dans le récitatif courant; comme elles le sont davantagedans un discours animé que dans le discours ordinaire.

XXI. Peut-être objectera-t-on que les momens de repos mé-nagés par les instrumens dans le récitatif obligé, les tableaux etl’expression qu’ils y ajoutent, les inflexions des passions, et pourainsi dire les tons de l’âme , plus marqués dans ce récitatif,suffisent pour le rendre très-différent du récitatif italien ordi-naire , dont la route uniforme et non interrompue produit unemonotonie insupportable. Nous répondrons d’abord que notre ré-citatif même n’est pas plus exempt de monotonie que le récitatifitalien, et qu’il joint à ce défaut une lenteur encore plus fatiganteet plus odieuse. Nous répondrons en second lieu, que la monoto-nie du récitatif est peut-être un mal nécessaire, un inconvénientinévitable attaché à la nature de la scène lyrique. En effet qu’esl-cequ’un opéra? Une pièce de théâtre mise en haut. Or dans unepièce de théâtre, tout n’est pas destiné aux grands mouvemens despassions ; l’âme ne peut y être agitée que par intervalles : il faut né-cessairement, pour l’exposition du sujet, pour la préparation desscènes, pour le développement de l’action, des momens de re-pos oh le spectateur ne doit qu’écouter. Je demande maintenantcomment ces scènes d’exposition, ces scènes de développement,ces scènes préparatoires doivent être traitées par le compositeur?La musique n’est point une langue ordinaire et naturelle : c’estune langue de charge, peu faite par conséquent pour expri-mer les chosesindifférentes ou les pensées communes ; elle n’estpropre par sa nature qu’à rendre avec énergie les impressionsvives, les sentimens profonds, les passions violentes, ou à peindreles objets qui les font naître. Que doit donc faire le musicien