DE LA MUSIQUE. 531
dans les endroits nombreux du poème , où il n’y aura ni pas-sions, ni mouvemens à exciter? fera-t-il simplement réciter etdéclamer ces morceaux comme''une pièce de théâtre ordinaire ?Mais cette déclamation trancherait trop avec le chant qui sui-vrait, et l’opéra ne serait alors qu’un tout bizarre et monstrueux.La vraisemblance, il est vrai, ne se trouve pas dans un opérachanté d’un bout à l’autre ; mais elle y est moins blessée quedans un opéra moitié chanté, moitié parlé; il est plus facile dese prêter à la supposition d’un peuple qui dit tout en musique,qu’à celle d’un peuple dont la langue est mêlée de chant et dediscours. Il faut donc que dans un opéra tout soit chanté. Maistout ne doit pas y être chanté de la même manière, commedans le discours tout n’est pas dit du même ton, avec la mêmefroideur et le même mouvement. Il doit donc y avoir entre lesairs et le récitatif une différence très-marquée par l’étendue etla qualité des sons, par la rapidité du débit, et par le caractèrede l’expression. La nature du chant ordinaire, de ce qu’on ap-pelle proprement ainsi, consiste en trois choses; en ce que lamarche y est plus lente que dans le discours; en ce que Ionappuie sur les sons comme pour les faire goûter davantage àl'oreille; enfin en ce que les tons de la voix et les intervallesqu’elle parcourt, y varient fréquemment et presque à chaquesyllabe. Le premier et le second de ces caractères n’appartien-nent point à un bon récitatif; le troisième doit à la vérité s’ytrouver, mais d’une manière moins marquée que dans le chant.D’un côté la rapidité du débit rend la succession des intervallesmoins sen^jble dans le récitatif, et de l’autre cette successiondoit y être plus fréquente que dans le discours, mais moins quedans le chant ordinaire. Voilà ce que les Italiens ont senti;voilà ce qu’ils pratiquent avec raison, et on ose dire, avec succès.Au contraire un des grands défauts de notre opéra, c’est quele récitatif n’est pas assez distingué des airs. Aussi les étrangersnous demandent-ils avec surprise quelle différence nous y met-tons, ou plutôt pourquoi nous n’y en mettons pas ; depuis l’ou-verture jusqu’à la toile baissée, ils attendent toujours, disent-ils,que l’opéra commence.
XXII. Ce récitatif auquel nous tenons si fort, et dont nousavons même la simplicité de nous glorifier, est aujourd’hui dansnos opéras d’un ennui plus mortel que jamais. Les acteurs, pourfaire briller leur voix, ne songent qu’à crier et à traîner leurssons; la vivacité du débit, si nécessaire au récitatif, est absolu-ment ignorée d’eux ; peut-être même n’en ont-ils pas l’idée.On assure que du temps de Lully le récitatif se chantait beau-