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Tome premier.
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538
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538 DE LA LIBERTÉ

plutôt les notes y sont prodigue'es pour l’ordinaire sur des pa-roles vides de sens, et incapables de rien inspirer à l’artiste ;c’est toujours l’amour qui vole , qui règne ou qui triomphe , lemusicien qui fait des roulades , l’acteur qui les exécute commeil peut, et l’auditoir„e qui applaudit en bâillant; ainsi le peu demusique vocale que nous avons, tombe presque uniquement surdes paroles qui ne valent pas même la peine d’être chantées.Ces airs ne méritent donc point par eux-mêmes qu’on songe àles perfectionner , mais plutôt à les proscrire ; car la musiquemanque son but, quand elle déploie ses richesses en pure perte,et sur des syllabes. Ce que nous allons dire a donc moins pourobjet les airs chantans qui se trouvent dans nos opéras , queceux qui devraient y être , et faire l’âme de nos scènes lyriques.Les Italiens ont un grand nombre d’airs de cette espèce ; c’estune princesse qui déplore la perte ou l’infidélité de son amant ;un malheureux qui évoque et qui voit l’ombre de son père ; unemère qui croit son fils assassiné par un tjran, et qui se livretout à la fois à des mouvemens de désespoir et de fureur. Legrand mérite de ces morceaux est d’être liés à la situation etd’en augmenter l’intérêt. Mais malheureusement les Italiensn’observent pas toujours cette règle , et les airs de leurs scènessont trop souvent détachés du sujet ; ce sont des maximes, descomparaisons, des images qui refroidissent nécessairement l’ac-tion , quelque bien rendues qu’elles puissent être par le compo-siteur et par le poète. On ne peut s’empêcher, par exemple ,de reconnaître ce défaut dans l’air célèbre chanté par Arbace :Vo solcando un mar crudele , tout admirable qu’il est pourla musique et pour les paroles : il n’est pas dans la nature qu’Ar-bace accusé, innocent et prêt à périr, se compare en beaux versà un nautonier égaré, qui a perdu ses voiles, qui voit l’onde sesoulever et le ciel se couvrir de nuages. Arbace sort encore plusde la nature dans ce qu’il ajoute , qu’abandonné de tout lemonde , il a pour seule compagne son innocence, qui le conduitelle-même au naufrage.

XXX. La première loi des airs est donc d’intéresser par lesujet, et d’attacher par les paroles. Si on les envisage mainte-nant du côté de la musique, il faut y distinguer le chant, l’ac-compagnement et la mesure. Point de véritable chant sans ex-pression , et c’est en quoi la musique des Italiens excelle. Il n’estaucun genre de sentiment dont elle ne nous fournisse des mo-dèles inimitables. Tantôt douce et insinuante , tantôt folâtre etgaie, tantôt simple et naïve, tantôt enfin sublime et pathétique,tour à tour elle nous charme , nous enlève et nous déchire. Des