54o DE LA LIBERTÉ
tre-sens, et prolongés jusqu’à la fatigue, enfin dans ces pointsd’orgue ridicules ? A dieu ne plaise ; ces faux ornemens , loinde contribuer à l’expression , y nuisent au contraire beaucoup :mais de pareils défauts se corrigent aise'ment, il n’est besoin,pour cela que d’effacer. Au contraire , pour rendre nos airsfrançais expressifs , il faut y ajouter la vie qui leur manque,et cela ne se fait pas d’un trait de plume; la musique italienneest défectueuse par ce quelle a de trop , la musique françaisepar ce qui npf est pas.
XXXIII. Non-seulement les Italiens devraient supprimerdans leurs airs la répétition si souvent ennuyeuse des mêmesparoles, ils feraient bien de supprimer aussi la répétition totalede l’air après la reprise. Nous les avons imités dans cette répé-tition , et nous n’en avons pas mieux fait. Peut-être aussi de-vraient-ils le plus souvent supprimer la reprise même , où lemusicien , pour l’ordinaire, se néglige. A l’égard des roulemens,ils sont presque toujours déplacés , surtout quand on fait parlerles passions; et il faut convenir que la musique italienne mo-derne en est ridiculement chargée. Ce que nous disons des rou-lements, nous le dirons à plus forte raison des jioinls d’orgue,uniquement propres à faire briller le chanteur aux dépens dugoût et de la nature. C’est sacrifier l’ expression , c’est-à-dire ,Y urne de la musique, à l’amour-propre de celui qui l’exécute ,amour-propre d’ailleurs très-mal entendu; car le sentimentrendu par l’acteur avec vérité, lui ferait bien plus d’honneurauprès des vrais juges que ses tours de force ou de souplesse. Ouprétend que les points d’orgue pourraient être moins fastidieux,et contribuer même à l’expression , si l’acteur les savait faire demanière qu’ils fussent comme l’abrégé et la récapitulation del’air qu’il vient de chanter. Mais je n’entends rien à cette ré-capitulation prétendue ; je ne conçois pas comment elle se peutfaire, ni comment tous ces fredons recherchés , mis à la suiteles uns des autres pour terminer un air pathétique, n’effacerontpas l’impression qu’il a faite au lieu de la fortifier ; et je féliciteceux qui en voient là-dessus plus que moi. En général, la mu-sique italienne moderne est encore plus défectueuse par le mau-vais goût de ceux qui l’exécutent, que par les écarts de ceuxqui la composent. Ce n’est pas que l’art et l’habileté des chan-teurs laissent rien à désirer , c’est au contraire qu’ils n’en fontparaître que trop ; c’est qu’ils ajoutent presque à chaque notedes ornemens nouveaux à ceux que le compositeur avait déjàtrop accumulés. Ils sont parvenus même à gâter souvent à forcede charge les plus excellons airs comiques : pour l’ordinaire le