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Tome premier.
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5oo DE L’ABUS DE LA CRITIQUE

II. Dans la défense comme dans la recherche de la vérité, lepremier devoir est d’étre juste. Nous commencerons donc paravouer que les défenseurs de la religion ont quelque raison decraindre pour elle, autant néanmoins qu’on peut craindre pource qui n’est pas l’ouvrage des hommes. On ne saurait se dissi-muler que les principes du christianisme sont aujourd’hui indé-cemment attaqués dans un grand nombre d’écrits. Il est vrai quela manière dont ils le sont pour l’ordinaire, est très-capable derassurer ceux que ces attaques pourraient alarmer : le désir den’avoir plus de frein dans les passions, la vanité de ne pas pensercomme la multitude, ont bien plus fait d’incrédules que l’illu-sion des sophismes, si néanmoins on doit appeler incrédules cegrand nombre d’impies qui ne veulent que le paraître, et qui,selon l’expression de Montaigne, tâchent d’étre pires qu’ils nepeuvent. Cette grêle de traits émoussés ou perdus, lancés detoutes parts contre le christianisme, a jeté l’effroi dans le cœurde nos plus pieux écrivains. Empressés de soutenir la cause et1 honneur de la religion , qu’ils croyaient en péril, parce qu’ilsla voyaient outragée, ils ont été pour ainsi dire à la découvertede 1’ impiété dans tous les livres nouveaux ; et il faut avouerqu ils y ont fait une moisson tristement abondante. Mais quel-ques uns d’entre eux, semblables à ces guerriers pleins de cou-rage que l’ardeur entraîne au-delà des rangs, et qui par un fauxmouvement prêtent le flanc à l’ennemi, ont porté dans leur zèle«t dans leurs recherches une indiscrétion dangereuse à leurcause. Quand ils n’ont pas trouvé d’impiétés réelles , ils en ontforgé d’imaginaires pour avoir l’avantage de les combattre. Ilsont supposé des intentions au défaut des crimes ; ils ont accuséjusqu’au silence même. Sénateurs, disait autrefois un Romain ,•on m’attaque dans mes discours, tant je suis innocent dans mes«relions ; quelques uns de nos philosophes pourraient dire à sonexemple; on m’attaque dans mes pensées, tan t je suis irréprochableflans mes discours. Denis , tyran de Syracuse , fit mourir un de-ses sujets , qui avait conspiré contre lui en songe. Souvent il n amanqué au faux zèle, pour porter l’injustice encore plus loin, quele crédit ou la puissance. Le tyran punissait les rêves; les en-nemis de la philosophie les supposent, demandent le sang descoupables , et peu s’en est fallu quelquefois qu’ils ne 1 aientobtenu , à la honte de la raison et de l’humanité.

III. Rien n’a été plus commun dans tous les temps, quel’accusation d’irréligion intentée contre les sages par ceux quine le sont pas. Périclès eut à peine le crédit de sauver Anaxa-gore , accusé d’athéisme par les prêtres athéniens, pour avoir