EN MATIÈRE DE RELIGION. 55i
prétendu que l’univers était gouverné par une intelligence su-prême suivant des lois générales et invariables. Les cendresde Socrate fumaient encore, lorsqu’Aristote , cité devant lesmêmes juges par des ennemis fanatiques, fut contraint de sedérober par la fuite à la persécution : Ne souffrons pas , dit-il,qu’on fasse une seconde injure à la philosophie. Ces Athénienssuperstitieux , qui applaudissaient aux impiétés d’Aristophane,permettaient de tourner en ridicule les objets de leur culte, etne souffraient pourtant pas qu’on y en substituât d’autres. Il'n’était défendu chez les Grecs de parler de divinité, qu’aux seulshommes qui pouvaient en parler dignement. Mais sans remonteraux siècles des Anaxagore, des Aristote et des Socrate, bornons-nous à ce qui s’est passé dans le nôtre.
IY. Le fameux jésuite Ilardouin, un des premiers hommesde son siècle par la profondeur de son érudition, et un desderniers par l’usage ridicule qu’il en a fait, porta autrefoisl’extravagance jusqu’à composer un ouvrage exprès, pour mettresans pudeur et sans remords au nombre des athées des auteursrespectables, dont plusieurs avaient solidement prouvé l’exis-tence de Dieu dans leurs écrits ; absurdité bien digne d’unvisionnaire , qui prétendait que la plupart des chefs-d’œuvrede l’antiquité avaient été composés par des moines du treizièmesiècle. Ce pieux sceptique, en attaquant, comme il le faisait, lacertitude de presque tous les monumens historiques, eût méritéplus que personne le nom d’ennemi de la religion , si ses opi-nions n’eussent été trop insensées pour avoir des partisans. Sa-folie , dit un écrivain célèbre , ôta à sa calomnie toute son atro-cité} mais ceux qui renouvellent celte calomnie dans notre siècle,ne sont pas toujours reconnus pour fous, et sont souvent très-dangereux. Naturellement intolcrans dans leurs opinions, quel-que indifférentes qu’elles soient en elles-mêmes, les hommessaisissent avec empressement tout ce qui peut leur servir deprétexte pour rendre ces opinions respectables. On a voulu lierau christianisme les questions métaphysiques les plus conten-tieuses , et les systèmes de philosophie les plus arbitraires. Envain la rejigion, si simple et si précise dans ses dogmes, a re-jeté constamment un alliage qui la défigurait ; c’est d’après cetalliage imaginaire qu’on a cru la voir attaquée dans les ouvragesoù elle l’était le moins. Entrons à cet égard dans quelque détail,et montrons avec quelle injustice on a traité sur un point de cetteimportance les plus sages et les plus respectables des philosophes.
Y. Donnez-moi de la matière et du mouvement, et je ferai unmonde ; ainsi parlait autrefois Descaries, et ainsi se sont expri-