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Tome premier.
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55a DE L’ABUS DE LA CRITIQUE

niés après lui quelques uns de ses sectateurs. Cette proposition,qu’on a regardée comme injurieuse à Dieu, est peut-être ce quela philosophie a jamais dit de plus relevé à la gloire de l’Etresuprême ; une pensée si profonde et si grande n’a pu partir qued’un génie vaste, qui d’un côté sentait la nécessité d’une intel-ligence toute-puissante pour donner l’existence et l’impulsionà la matière, et qui apercevait de l’autre la simplicité et la fé-condité non moins admirable des lois du mouvement; lois envertu desquelles le Créateur a renfermé tous les événemensdans le premier comme dans leur germe, et n’a eu besoin pourles produire que d’une parole, selon l’expression si sublime del’Ecriture. Voilà tout ce que la proposition de Descartes signifiepour qui la veut entendre; mais les ennemis de la raison,qui il aperçoivent qu’en petit les ouvrages du souverain Etre etqui lui rendent un hommage étroit, pusillanime, et bornécomme eux, n’ont vu dans l’hommage plus grand et plus purdu philosophe, qu’un orgueilleux fabricateur de systèmes, quisemblait vouloir se mettre à la place de la divinité.

VI. Les newtoniens admettent le vide et l’attraction; c’étaità peu près la physique d’Epicure; or ce philosophe était athée;les newtoniens le sont donc aussi; telle est la logique de quel-ques uns de leurs adversaires. Il est pourtant vrai qu’aucunephilosophie n’est plus favorable que celle de Newton à lacroyance d’un Dieu. Car comment les parties de la matière,qui par elle-même n’ont point d’action, pourraient-elles tendreles unes vers les autres, si cette tendance n’avait pour cause la vo-lonté toute-puissante d’un souverain moteur ? Un Cartésien athéeest un philosophe qui se trompe dans les principes; un Newtonienathée serait encore quelque chose de pis , un philosophe incon-séquent.

VII. Quand je lève les yeux tiers le ciel, dit l’impie , j’y crocsvoir des traces de la divinité ; mais quand je regarde autour demoi... Regardez au dedans de vous, peut-on lui répondre , etmalheur à vous, si cette preuve ne vous suffit qtas. Il ne fauten effet que descendre au fond de nous-mêmes, pour recon-naître en nous l’ouvrage d’une intelligence souveraine qui nousa donné l’existence et qui nous la conserve. Cette existence estun prodige qui ne nous frappe pas assez, parce qu’il est conti-nuel ; il nous retrace néanmoins à chaque instant une puissancesuprême de laquelle nous dépendons. Mais plus l’empreinte deson action est sensible en nous et dans ce qui nous environne ,plus nous sommes inexcusables de la chercher dans des objetsminutieux et frivoles. Un savant de nos jours, si persuadé d*