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Tome deuxième.
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DES JÉSUITES. 63

a voulu faire passer ces paroles pour une prophétie; mais commeje n’aspire pas à l’honneur d’être prophète , j’étais bien éloignéde soupçonner à quel point elle était vraie.

On voyait bien que le parti jusqu’alors opprimé commençaita prendre le dessus; mais personne ne pouvait prévoir jusqu’àquel degré il devait opprimer à son tour celui dont il avait étéécrasé jusqu’alors; belle matière aux ennemis de la société pourfaire valoir leurs lieux communs ordinaires sur la providence deDieu dans le soutien de ce qu’ils appellent la bonne cause.

Ce qui n’est pas moins singulier, c’est que la nation française,dans un temps où elle laissait voir sa faiblesse hors de chez ellepar une guerre malheureuse , ait fait cet acte de vigueur sur sespropres foyers ; il est vrai qu’en y réfléchissant on trouveraitpeut-être dans le meme principe la cause de tant de faiblesseau dehors , et d’une si grande force, ou si l’on veut, d’une sigrande fermentation au dedans ; mais cette discussion politiquenous mènerait trop loin, et n’est pas de notre sujet.

Ce qui est plus singulier encore, c’est qu’une entreprisequ’on aurait crue bien difficile et impossible même au commen-cement de 1761 , ait été terminée en moips de deux ans , sansbruit, sans résistance et avec aussi peu de peine qu’on en aurait€u à détruire les capucins et les picpus. On ne peut pas dire desJésuites que leur mort ait été aussi brillante que leur vie. Siquelque chose même doit les humilier, c’est d’avoir péri si tris-tement , si obscurément, sans éclat et et sans gloire. Rien nedecèle mieux une faiblesse réelle, qui n’avait plus que le masquede la force. Us diront sans doute qu’ils n’ont fait et n’ont vouluqu’exécuter à la lettre le précepte de l’Evangile, quand on vouspersécute dans une ville, fuyez dans une autre. Mais pourquoi,après avoir oublié ce précepte pendant deux cents ans, s’ensont-ils souvenus si tard ?

Enfin , ce qui doit mettre le comble à l’étonnement, c’est quedeux ou trois hommes seuls, qui ne se seraient pas cru destinésà faire une telle révolution , aient imaginé et mis à fin ce grandprojet ; l’impulsion générale donnée à tout le corps de la magis-trature a été leur ouvrage, et le fruit de leur impétueuse acti-vité. Les hommes en effet sont rarement conduits par les espritsfroids et tranquilles. La paisible raison n’a point toute seulecette chaleur nécessaire pour persuader ses opinions et faireentrer dans ses vues ; elle se contente d’instruire son siècle àpetit bruit et sans éclat, et d’être ensuite simple spectatrice deeffet bon ou mauvais que ses leçons auront produit. Elle res-fa' 6 ’ S * 0n l leut; employer cette comparaison, au Vieux deonta -gne , à la voix duquel des jeunes gens ses disciples