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Tome deuxième.
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6 ?. SUR LA DESTRUCTION

dans le royaume ; après avoir privé la société de ses biens, ilest juste de fournir à ses membres le moyen de subsister, puis-qu’on croit pouvoir, sans inconvénient, les rendre à l’Etat à quiils appartiennent.

N’oublions pas , avant de finir ce récit, une circonstance sin-gulière , bien propre à montrer sous son véritable point de vuele prétendu interet pour la religion , dont plusieurs de ses mi-nistres cherchent à se parer. Quelques évêques qui résidentdans leurs diocèses , se joignirent par des mandemens à l’arche-vêque défenseur des Jésuites; d’autres évêques, qui ne résidentpas, étaient prêts à s’y joindre aussi. Le parlement fil mine devouloir renouveler et taire observer à la rigueur les ancienneslois sur la résidence ; alors ces évêques se turent, et leur zèlemenaçant expira sur leurs lèvres. Déconcertés et humiliés deleur impuissance contre les ennemis des Jésuites, ils chercherontpeut-être, pour leur dédommagement, à se rabattre sur les phi-losophes, qu’ils accusent bien injustement d’avoir communiquéau parlement de Paris leur prétendue liberté de penser; déjàmême quelques uns de ces prélats, à ce qu’on assure, ont priscette triste et faible revanche ; semblablès à ce malheureuxpassant sur lequel il était tombé quelques tuiles du haut d’unemaison dont on réparait le toit, et qui, pour se venger, lançaitdes pierres au premier étage , n’ayant pas, disait-il, la force deles jeter plus haut.

Tel a été dans le royaume le sort des Jésuites; les circons-tances de leur destruction ont été bien étranges à tous égards;l’orage est parti du lieu d’où on l’attendait le moins, du Por-tugal, le pays de l’Europe le plus livré aux prêtres et aux moines ;qui ne paraissait pas fait pour se délivrer si promptement desJésuites, et encore moins pour donner sur cela l’exemple. Leuranéantissement en France a été préparé par le rigorisme qu’ilsont affiché malgré eux ; enfin il a été consommé par une sectemourante et. avilie, qui a terminé, contre toute espérance, ceque les Arnauld, les Pascal, les Nicole n’auraientpu ni exécuter,ni tenter , ni même espérer. Quel exemple plus frappant decelte fatalité inconcevable qui semble présider aux choses hu-maines , et les amener, lorsqu’on s’y attend le moins, au pointde la maturité ou de la destruction? C’est un beau chapitre àajouter à l’histoire des grands événemens par les petites causes.

Trois ans avant la destruction des Jésuites (en 1759), enparlant des deux partis qui divisaient l’Eglise de France, je disaisdu parti le plus puissant, qu’il cesserait bientôt de l’éire (1). On

(1) Voyez t. 1, p. CG 5 , §26 , de l'Abus de la Critique en matière deReligion.