DES JÉSUITES. 65
Benoît XIV, au commencement Je son pontificat, acceptala dédicace d’un ouvrage que le père Norbert, capucin, avait faitcontre les Jésuites; car ils étaient parvenus à armer contre eusjusqu’aux capucins. 'l'u quoque , Brute (i) ? s’écriait à cetteoccasion un fameux satirique. Le pape crut pouvoir permettrea Norbert de rester à Home sous sa protection. 11 n’en eut pasle crédit; les Jésuites firent si bien par leurs manœuvres, qu’ilsparvinrent à chasser le capucin, non-seulement des Etats dupape, mais même de tous les Etats catholiques; il fut obligé dese rétugier à Londres, et ne trouva qu’en i^5c) un asile en Por-tugal, lorsque la société en fut expulsée ; il eut la satisfaction,comme il le raconte lui-même, d’assister au supplice de Maia-grida , et de dire la messe pour le repos de sou âme, taudisqu’on achevait de brûler son corps.
La persécution exercee par les Jésuites avec acharnement contrele malheureux moine protégé par Benoît XIV, avait fort irritéce pape contre eux; il ne perdait aucune occasion de leurdonner tous les dégoûts qui dépendaient de lui. Les jansénistesmême ne doutent pas que s’il eût vécu , il n'eût profilé dela circonstance de leur destruction en Portugal et en France,pour anéantir la société; mais, quoi qu’on en dise, il n'y a pasd’apparence qu’un pape, quel qu’il puisse être, pousse jamaisjusqu’à ce point l’oubli de ses vrais intérêts. Les Jésuites sontles janissaires du souverain pontife, redoutables quelquefois àleur maître, comme ceux de la Porte Ottomane, mais néces-saires comme enx au soutien de l'Empire. L’intérêt de la courde Rome est de les réprimer et de les conserver; Benoît XIVavait trop d’esprit pour ne pas penser de la sorte. Le czar Pierre,il est wai, cassa d’un seul coup quarante mille slrélilz révoltésqui étaient ses meilleurs soldats; mais le czar avait vingt millionsde sujets, et pouvait refaire d’autres slrélitz ; et le pape, donttoute la puissance ne se soutient que par la milice spirituellequi est à ses ordres, ne pourrait pas aisément en refaire unesemblable aux Jésuites , aussi bien disciplinée, aussi dévouée àl’église romaine, et aussi redoutable aux ennemis du souverainpontife.
Le que l’on peut assurer avec vérité , c est que le papeBenoît XIV se serait mieux conduit dans leur affaire que Clé-ment XIII ; il n’eût point, comme celui-ci, écrit au roi qui luifaisait I honneur de le consulter, qu’il (allait que les Jésuitesrestassent comme iis étaient; il eût répondu d’une manière*
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