3-jü NOTES SUIl L’ÉLOGE
si grande entre les hommes. Tins d’un personnage illustre de la Grèceavait reçu le jour sous l’air épais de la Béotie, qu’un Athénien n’auraitpas cru pouvoir respirer sans s abrutir. Fontcncllc a dit sur cette con-trée de la Grèce un mot plaisant dans son Histoire îles Oracles ; aprèsavoir observé que les pays montueux, et par conséquent les plus pleinsd’antres et de cavernes, étaient ceux où les oracles abondaient le plus ,il ajoute : « Telle était la Béotie , qui anciennement en avait une très-» grande quantité ; remarquez, en passant, que les Béotiens étaient en» réputation d’être les plus sottes gens du monde : c’était là un bon pays» pour les oracles, des sots et des cavernes. » Cette réflexion est aussi(inc que juste; mais si l’on jugeait les nations par les superstitions quiles ont avilies, on concilierait que l’abrutissement est le triste apanage etpresque l’essence de la nature humaine ; et peut-être mettrait-on au-dessous des Iroquois et des Esquimaux les nations qui se croient les plussupérieures aux autres. Quoi qu’il en soit, non-seulement Pindare, maisle philosophe Cralès , l'historien Plutarque , et surtout Epaminondas ,étaient nés dans cette Béotie , réputée si grossière. Parmi nous, La Fon-taine était Champenois, c’est-à-dire , sorti d’une province dont il retraçaitla simplicité précieuse et respectable, appelée d'un autre i om par uneinjuste ironie. Cette Champagne si maltraitée a produit encore, malgréle proverbe, les Mignard, les I’ithou , les Girardon, etc. En voilà bienassez pour autoriser dans les Champenois , à titre aussi juste que dansbeaucoupd’autres , cette vanité nationale, qui n’est qu’une petite branchede la vanité humaine , mais qu’on a quelquefois la bonté de croire oud’appeler amour du la pairie. '
(3) Lorsque les intelligences célestes , dit un célèbre poète moderne,voient naître sur la terre un homme de génie , elles se mettent à sourire,et il est à leurs yeux ce qu’un singe est aux nôtres. Le poète n’a voulu ,par ce tableau , que marquer la distance prodigieuse «les sublimes intel-ligences célestes à la faible intelligence humaine. Sans nous élever à ceparallèle, le même tableau nous offre une autre vérité; c’est que dansI espece humaine les êtres supérieurs , a peu près semblables aux singesdans 1 espece animait', lorment comme une classe à part, distinguée etséparée des autres individus de la même ligure, qui prennent commeeux le nom d’hommes , et qui leur ressemblent si peu. « En effet, s’il se» pouvait faire, dit un célèbre philosophe, que nous eussions de la» raison, et que nous ne lussions pas hommes , nous imaginerions-nous» bien qu'il y eut ici bas cette espèce bizarre de créature qu’on appelle» le genre, humain ? pourrions-nous bien nous figurer quelque chose qui« eût des passions si folles et des réflexions si sages ; une durée si courte» eldes vues si longues ; tant de science sur des choses presque inu-» ides, et tant d’ignorance sur les plus importantes ; tant d’ardeur pou 1 '» la liberté, et tant d’inclination à la servitude; une si forte envie” d’être heureux , et une si grande incapacité de Votre ? Ou a été réduit» à dire que les dieux étaient ivres de nectar lorsqu'ils firent l’homme >
» et que quand ils vinrent regarder leur ouvrage de sang-froid , ils 110