384 NOTES SUR L’ÉLOOE
songea sérieusement à l'adoucir, et vérifia par sou succès les vers deLa Fontaine :
Animez les grands par des songes ,
Fialtc-les, payez-les d’agreal)les mensonges;
Quelque indignation dont leur co ur soil rempli,
Ils goberoni l'appât, vous serez leur ami.
(1 fallait que les discours du duc de Montausier contre le satirique eus-sent fait à la cour des impressions assez fortes ; car Despréaux, dans unede ses lettres, se félicite beaucoup de l’appui qu'il avait trouvé en cetteoccasion dans son ami Félix, premier chirurgien du roi. Il était , disait-ilen regrettant sa perte , un îles premiers qui avait battu des mains àmes naissantes Jolies, et qui avait pris mon parti à la cour contrele duc de Montausier.
Malgré son aversion si déclarée pour les satires, ce courtisan misan-thrope , dont nous avons parlé plus en détail dans les notes sur l’élogede Flécliier, avait fait lui-même des satires dans sa jeunesse ; le talentréel ou prétendu qu’il avait marqué pour ce genre, est l’objet d’unepartie des éloges que Ménage lui donna en lui dédiant le recueil de sespoésies. Le duc de Montausier ressembla donc à ces vieilles femmes,qui, devenues dévotes sur le déclin de l’âge , cl ne l’ayant pas été dansleur jeunesse, ne peuvent pardonner aux autres les petits péchés qu’elles-mêines se sont autrefois permis, et font pénitence par une grande ri-gueur envers leur prochain de l’indulgence qu'elles ont eue pour leurspropres faiblesses.
Cet aristarque si sévère en morale, au moins pour les autres, ceMécène des Chapelain et des Cotin en littérature, portait quelquefoisdans ses jugemens une finesse assez heureusement exprimée. Louis XIVlui demandait un jour ce qu'il pensait de deux peintres célèbres, Mi-gnard et Le brun. Sire, répondit-il, je n’ai pas la prétention de meconnailre en peinture ; mais il me parait que ces deux hommes-làpeignent comme leurs noms.
(q'i Mademoiselle de Lamoignon , sœur du premier président, et dontla vertu était simple et vraie , sans dureté comme sans affiche, ne par-donna jamais à Despréaux ses épigrammes et scs satires. Quoi , lui disaitle poète, vous ne permettriez pas même une satire contre le GrandTurc ? A on, répondit-elle , c’est un souverain , et il faut le respec-ta,. . Mais au moins contre te diable , ajouta Despréaux? Elle se tut
un moment, sa religion hésita, et son caractère reprit bientôt le des-sus • non , répliqua-t-elle, il ne faut jamais dite du mal de personne.Elle donna dans une autre circonstance une preuve naïve de son indul-gente simplicité. On sait quelle morale austère et terrible prêchait dan*ses sermons le fameux missionnaire Nicolas Feuillet, chanoine de Saint-Cloud , le même dont Despréaux a dit :
Et laissez à Feuillet reformer l’univers;le même qui traita la duchesse d Orléans mourante, cette Uenried*