DE DESPRÉAUX.
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d’Angleterre si douce et si aimable, avec une barbarie bien contraire auvéritable esprit du christianisme , et qui inspire une juste aversion pourcet impitoyable convertisseur '. Ce chanoine avait beaucoup d’embon-point, et un air de santé qui paraissait démentir l’austérité de sa doc-trine. Despréaux se plaignait malignement à mademoiselle de Lamoi-gnon qui aimait beaucoup ce prédicateur, du contraste fâcheux d un ex-térieur si peu mortifié avec la pénitence rigoureuse qu'il exigeait de sesauditeurs. Oh ! répondit-elle, on dit qu'il commence à devenir maigre 1 .
Despréaux se plaisait à raconter l’anecdote suivante sur sou métierde poète satirique. Un bon prêtre à qui il se confessait, lui demandaitquelle était sa profession. Je suis poëte. — Vilain métier, répondit leprêtre; et poëte dans quel genre ?— Poêle satirique. — Encore pis.El contre qui faites-vous des satires ?— Contre les faiseurs d’opé-ras eide romans. — Oh! pour cela, dit le prêtre, à la bonne heure,et l’absolution s’ensuivit. La confession n’était pas fort sincère , ni L'ab-solution bien légitimement obtenue ; mais la conscience du poëte necherchait pas un abri plus sûr ; et quand il aurait cru en avoir besoin ,Ü l'aurait trouvé dans le docteur Arnauld, qui entreprit expressémentl’apologie de la satire la plus violente de Despréaux, celle qu’il écrivitcontre les femmes. 11 est vrai qu’Arnauld essuya quelques reprochesa ce sujet, et se vit ensuite obligé d’être lui-même l’apologiste de sonapologie. Mais Despréaux avait beaucoup loué ce docteur, que leséloges donnés à sa personne rendaient, indulgent, comme le duc deMontausier , sur les satires dont les autres étaient l’objet et la victime.
Quoique nous attachions beaucoup moins de prix aux satires de Des-préaux qu’à ses autres ouvrages, si l’on en excepte la satire à son es-prit, nous devons cependant rendre à ces satires une justice qui ne leura peut-être pas été assez rendue, même par les amis de l’auteur : c'esttpu; le poëte n’attaque jamais le mauvais goût et les mauvais écrivainsfu avec l’arme de la plaisanterie, et ne parle jamais du vice et des mé-chans qu’avec indignation. Cette différence qu’il a su mettre entre deux®hjets de satire, si différens en effet aux yeux de l'homme de bien, est'* preuve de 1 honnêteté de son âme et de la sincérité de sa vertu.
(to) Des écrivains tres-cstimables ont prétendu que Despréaux était
’ Voyez le récit que madame de Ua Fayette nous en a laisse'. 11 se trouvedans les dernières éditions des Oraisons funibres de Bossuet.
a Ce directeur rigoureux se permettait quelquefois des épigrammos peucharitables contre les prédicateurs ses confrères. On parlait en sa présence‘‘hin missionnaire plus recommandable par son zèle qne par ses talens , et9ni prêchait, disait-on, comme les apôtres. Ajoutez, répondit le pieux'Jhanoinc, comme les apôtres avant qu’ils eussent reçu le Saint - Esprit. Ilcette occasion , car il aimait .N rire quelquefois , qu’un orateur tivan-^ qui n’avait j.as la meme confiance que lui en l’inspiration divine,
Ses *‘ ro,lv ant un jour obligé de monter en chaire sans préparation, avait dit à,* Uu diiuurs : Pardonnez-moi , mes hères , iVétre réduit dans ce momentde VUH <l abandonner au Saint-Esprit ; une autre fois paurai le tempse i 1rv parcr et de mieux faire.