DE DESPRÉAUX. agi
poésie, pour donner aux vers beaucoup de sens et de force ; ce conseil,excellent en Jui-même, se réduit à celte règle si simple, mais plus con-nue que pratiquée par les poètes, de ne jamais affaiblir le premiervers par le second : règle qui n’est pas même particulière à la poésie ;car le bon sens doit dicteC à tous ceux qui écrivent, soit en vers , soiten prose , qu’en affaiblissant ce qu’on vient de dire, on en détruit 1 elfet.Si Corneille eût suivi cette règle, il n’eût pas gâté son sublime qu ilmourut. Nous ne voudrions pas répondre que Racine ait toujours pra-tiqué à la rigueur te précepte de Despréaux ; mais nous'croyons que Dos-préaux n’y a jamais manqué ; et ce n’est pas un petit éloge.
Après ce détail intéressant des obligations que Racine eut à Despréaux,il ne faut pas être étonné de l’espèce d’ascendant que ce dernier avait prissur son ami. Racine en effet conserva toujours pour Despréaux , qu’onnous permette celte comparaison, la déférence qu’avait le prince Eugènepour milord Marlborough , qui, si l’on en croit de bons juges • , n’étaitpus aussi grand homme de guerre que le vainqueur de Turin et de ïicl-grade , et qui néanmoins, quand ils commandèrent en commun, paruttoujours jouer le premier rôle, que son rival lui abandonna pour ne pasnuire par la concurrence au bien de la cause commune.
(12) Les justes admirateurs de Racine; dont le nombre semble aug-menter de jour en jour, nous reprocheront sans doute d’avoir été troppeu décisifs sur la préférence qu’ils croient due à l’auteur de Phèdre ,et d’avoir mis ou laissé à côté de lui l’auteur de Rodogune. D’autres nousreprocheront au contraire de n’avoir pas donné à Corneille la premièreplace. Nous répondrons à ces reproches, si quelqu’un nous en croit di-gnes , qu'il ne s’agit ici, ni de l’opinion de tel ou tel écrivain , quelquecélèbre qu’il puisse être , ni du sentiment de telle ou telle classe de litté-rateurs, ni surtout de notre opinion particulière ; mais du résultat del’opinion générale des gens de lettres sur ces deux grands hommes ; et°n ne peut disconvenir qu’à cet égard les sentimens ne soient encore très-Rartagés. Il est des juges qui, sans balancer, donnent le sceptre à Cor-beille ; il en est qui le lui arrachent pour le remettre à Racine ; il en est'fin le partagent entre tous deux ; il en est enfin qui leur associent sur leb'ône tragique un troisième écrivain , et quelques-uns même qui ne crai-RUent pas de mettre ce troisième écrivain au-dessus d’eux , sinon pourÉ génie et le style, au moins pour l’intérêt des sujets qu’il a traités , pour*° mouvement et l’efTet théâtral, enfin pour les vérités nobles et tou-illantes qu’il ale premier fait entendre sur la scène. Nous 11e déciderons'Vainement pas des honneurs du rang entre ces trois illustres tragiques,b°us ne voulons et ne devons être ici qu’historiens fidèles des opinions ,bt nous n’aurons ni l’orgueil ni l’ineptie de nous rendre juges. Nous ob-^erverons seulement, que si quelque chose peut balancer les assertions' ts partisans de Racine , ce scraitle témoignage de Racine lui-même, qui
'lisait
a scs eufans , non par une fausse modestie 1 tuais avec le ton simple^~ n Jez les Mémoires de Fcuquièrc