3ç)4 NOTES SUR L’ÉLOGE
attires noms. Ce mot efface dut blesser Racine, et de plus était très-injuste. Mais le philosophe avait en ce moment sur le cœur la hainedont Racine et Despréaux lui donnaient alors tant de marques, et lesefforts qu’ils venaient de laire pour traverser son élection à l’Académie.
. La Bruyère parla bien différemment deux ans après , dans son dis-cours de réception, eu iGgô. Corneille alors n’était plus, et Raciue vi-vait encore. « Quelques uns , dit-il en parlant de Racine, ne souffrent» pas que Corneille lui soit préféré , quelques autres même qu’il lui soit» égalé, fis en appellent à l’autre siècle ; ils attendent la fin de quelques» vieillards, qui , touchés indifféremment de tout ce qui rappelle leursa premières années, n’aiment peut-être dans OEdipe que le souvenir» de leur jeunesse. » Ce passage blessa beaucoup les amis de Corneille,et donna lieu à une épigramme assez amère et plus médiocre encore,contre l’auteur de ce discours , épigramme à laquelle nous ne ferons pasl’honneur de la rapporter.
La Rruyère avait aussi maltraité Fontenellc, qu’il a peint dans sesCaractères sous le nom de Culias ; mais tant de façons de penser qui luiétaient communes avec Despréaux , ne lui avaient pas fait trouver grâcedevant le sévère satirique. 11 lui reprochait de s’être épargné dans sonlivre des Caractères le travail des transitions , qui étaient, selon lui,tout ce qu’il y avait de jdus difficile dans les ouvrages d’esprit. Peu depersonnes souscriront à ce jugement. Il estimait aussi très-peu le discoursde réception de La Rruyère à l’Académie Française, un des meilleurscependant qui aient été prononcés dans cette compagnie.
(i3) Despréaux répétait souvent avec complaisance, comme le mo-dèle d’une louange fme et délicate , ces vers adressés au roi, qui terminentsa première épître :
Et comme tes exploits, étonnant les lecteurs,
Seront à peine crus sur la foi (les auteurs;
Si quelque esprit malin veut les traiter de fables,
On dira quelque jour pour les rendre croyables :lîoilcau , qui dans ses vers, plein de sincéritéJadis tout son siècle a dit la véritéQui mit, ît tout blâmer, son étude et sa gloire,
A pourtant de ce roi parlé comme l’iiistoire.
C’est ainsi qu’il tirait parti de sa réputation de causticité véridiqyc , pourne laisser au monarque aucun scrupule sur la sincérité de ses louanges-Il n’est ni le seul ni le premier qui ait employé avec succès ce moyen poufHaller des hommes putssans , sans leur paraître adulateur. Ce piège nesera jamais usé; l’ainour-propre des rois et tics grands s’y prendra tou-jours.
L’auteur comparait ces derniers vers avec ceux-ci, tirés d’une autreépître qu’il avait adressée au roi :
Avant que tes bienfaits courussent me chercher,
Mon zèle impatient ne se pouvait cacher.