DE DESPRÉAUX. 407
plaisirs d'un si grand monarque ; le roi arrêta le prologue , et fil, sans lesavoir peut-être , beaucoup moins de grâce à Quinault, que ce poëtcmodeste et malheureux ne croyait en recevoir.
(a 5 ) Ceux qui font à Despréaux le reproche très-injuste de n’avoir pasassez senti ce que valait Molière, 11c se rappellent pas l’endroit de sesouvrages où il fait un si grand éloge de cet auteur immortel ; nous n’eurappellerons que les derniers vers :
Mais sitôt que d’un trait de ses fatales mainsJ.a parque i’eut raye du nombre des humains,
On reconnut le prix de sa musc e'elipsée.
L’aimable comédie avec lui terrassée ,
Ln vain d’un coup si rude espéra revenir,lit sur ses brodequins ne put plus se tenir.
Put plus , dit un illustre écrivain qui a déjà cité ces vers avant nous, csLun peu rude à l’oreille, mais Despréaux avait raison ; et nous ajou-terons que ceux qui ne seraient pas contons de cette apothéose de Mo-lière, seraient bien difficiles en éloges.
On cite à la charge de Despréaux l’endroit de XArt poétique ou ilcondamne le Sac de Scapin ; mais le vers qui suit,
Je ne reconnais pi us l’auteur du Misanthrope ,
suffirait pour prouver le cas qu’il faisait de. Molière ; et la critique duSac de Scapin ne prouve que l’éloignement naturel de Despréaux pourla farce , dont Molière ne faisait lui-même que le cas qu’elle mérite.L’aversion de notre grand poète pour le genre ignoble, et surtout poul-ie burlesque, était si grande , qu elle lui échappait même à la cour , dansle temps où la veuve de Scarron, depuis femme de Louis XIV, y étaitle pl us en honneur et en crédit. Votre père, disait-il à Racine le fils,avait la faiblesse déliré quelquefois le Virgile travesti, et de rire;'nais il se cachait bien de moi.
Despréaux a manifesté dans mille occasions toute son estime pour Mo-lière. Louis XIV lui demandait quels auteurs modernes avaient le mieuxr étlssi dans la comédie : Je ne connais que Molière, répondit le poêle ;tous les autres 11’ontfait que des farces. Racine , brouillé avec Molière,et moins juste à son égard que Despréaux , reprochait à ce dernier d’avoirl ’i seul à la première représentation de l’Avare. Je vous estime trop ,lui répondit Despréaux, pour ne pas croire que vous y avez ri vous-’uéme , du moins intérieurement. Les stances qu’il envoya à Molière sur1 École des Femmes, quoique médiocres , prouvent le cas qu’il faisait‘le cette pièce si violemment frondée par tous les beaux esprits de la ville,e 1 par tous les grands connaisseurs de la cour. Kous ne citerons de cesst auccs que deux vers :
Si tu savais un peu moins plaire,la ne leur déplairais pas tant.
^ disait neanmoins, car il fallait bien que les anciens eussent quelque