DE DESPÎIËAUX. 4u
jugée par Un homme qui n’est pas poète comme eux, et qui assurémentn’a pas cette ambition.
Ce serait peut-être ici le lieu (l'examiner ce que disait Despréaux, etce que plus d’un poëtc a répété après lui, que le grand mérite de la poé-sie est d’exprimer noblement de petites choses ; mais cette discussionnous mènerait trop loin. Bornons-nous à dire que quand le poète, parla nature de son sujet, a des choses communes à exprimer, il doit sansdoute les exprimer noblement ; mais que son vrai mérite est d’exprimernoblement des choses qui en valent la peine; que s’il peut, dans ungrand sujet, descendre quelquefois à des choses communes, c’est toutau plus pour donner quelques momens de repos au lecteur, que pourraitfatiguer une suite trop continue d’images grandes, ou fines, ou tou-chantes, ou agréables; mais que la pause serait un peu longue, et lelit de repos un peu froid , si ces idées communes , même exprimées élé-gamment, dominaient dans un ouvrage de poésie. Ce serait bien pis, sielles en faisaient toute la substance , et si, comme il n’arrive que tropsouvent, la médiocrité du fond n’était pas même relevée par l’agrémentde la forme. Ce ne sont point les vers que la philosophie proscrit,comme tant de sots l’en accusent ; ce sont les vers qui ne signilieut rien,et qu’on ne se soucie ni de retenir ni de remarquer.
(a5) On a imprimé dans les œuvres de Despréaux • la satire à sonEsprit, écrite en prose par l’auteur, et on a mis au-dessous de la satireen prose la meme satire en vers. Cette comparaison du tableau avec sonesquisse peut être très-utile aux jeunes écrivains, et c’est un service queles commentateurs de Despréaux ont rendu à la littérature : car plu-sieurs écrivains ont commenté notre poëtc ; un dernier commentateura eu la malheureuse patience de les recueillir tous, et d’enterrer le petitvolume de Desprcaux sons un fatras de notes en cinq gros volumes,qu’on pourrait appeler un Despréaux variorum. On a ramassé, dans cemonceau de décombres, jusqu'à de très-médiocres vers latins que Dcs-préaux avait faits dans sa jeunesse. H renonça bientôt à cette futileoccupation, et il aima mieux être le rival d’IIoracc en français, que sonsinge dans une langue morte ’. Il faisait peu de cas des latinistes de nosjours, il avait même composé à ce sujet un dialogue entre Horace etquelques poètes latins modernes ; mais il supprima ce dialogue de sonvivant, par égard pour deux ou trois hommes de collège qui avaient prisla peine de mettre en vers latins, bons ou mauvais, son ode sur Namur,qu'il aurait dû faire meilleure en vers français. Plus d’un homme delettres se croyant et se disant poète latin, avait fait le même honneur àd’autres pièces de Despréaux; un professeur del’Uuiversité, depuis curé
1 Edition do l’jly'], t. 5-
* Racine, dans sa jeunesse, faisait anssi des vers latins, dont son fils a•■apporté quelques uns : ils paraissent bien supérieurs aux premiers vers fran-çais du même poëtc, dont nous avons parlé pins haut dans la note a. Ces vers°nt même du feu et de l’harmonie, autant du moins qu’il est permis à un•noderne d’en juger; mais Virgile ne les aurait pas trouvés meilleurs que nousne trouvons les vers français qui vieuueut d’être cités.